Depuis quelques années, certains agriculteurs font face à de fortes attaques de charançons du bourgeon terminal et de grosses altises, qui pénalisent le colza. Sans parler du retrait de molécules, ces coléoptères sont souvent résistants aux pyréthrinoïdes. « L’objectif du projet R2D2 (1) est d’accompagner un collectif de l’Yonne (lire le “À savoir” ci-contre) pour les aider à contrôler ces attaques tout en limitant les applications d’insecticides », indique Nicolas Cerrutti, de l’institut Terres Inovia.

R2D2 permet l’expérimentation in situ de solutions concrètes afin de construire, à l’échelle du territoire, des systèmes de cultures plus résilients. Pour rendre les milieux défavorables aux ravageurs, le projet se base sur l’agronomie (cultures bien implantées et poussantes) mais aussi sur la régulation naturelle. « Nous souhaitons favoriser les insectes auxiliaires naturellement présents sur R2D2 (lire l’encadré) en gérant leurs habitats et les sources de nourriture à leur disposition », ajoute le spécialiste. Les leviers concernent notamment le paysage, avec la mise en place de bandes fleuries, de haies et un travail sur l’interconnexion des différents milieux.

Par conséquent, depuis 2020, 7,25 ha de bandes de fleurs multi-espèces ont été implantés sur ce territoire. L’idée est d’assurer la nutrition des micro-hyménoptères parasitoïdes (principaux auxiliaires d’intérêt) à une période où ils ne trouvent pas de quoi s’alimenter, soit en février-mars et août-septembre. D’autre part, ces corridors permettent une meilleure circulation des insectes utiles, une protection vis-à-vis des aléas climatiques et des interventions (phytos et travail du sol).

Bandes fleuries

Pour cela, il faut constituer un mélange à base, entre autres, de fleurs aux corolles les plus ouvertes possible avec une floraison étalée (ombellifère, légumineuse, sarrasin, bourrache…) ainsi que de graminées et crucifères. Il devra être positionné entre les aménagements déjà présents, si possible le long d’un bois pour créer une zone tampon. « Ces aménagements demandent à être gérés sur le long terme pour exprimer au maximum leur potentiel », signale Mickael Geloen, chez Terres Inovia. Il faudra notamment être vigilant sur l’implantation (annuelles et vivaces) et l’entretien. Le couvert doit être fauché et exporté pour éviter que les graminées ne prennent le dessus au fil du temps.

Des intercultures pièges à altises

De plus, une stratégie de « push and pull » a été mise en place à l’aide d’intercultures pièges à altises pour les détourner hors des parcelles de colza. Il ressort que la navette et le radis chinois sont les plus attractifs. « Nous avons plutôt privilégié ce dernier pour sa facilité de destruction », avise Mickael Geloen. Ainsi, il apparaît que l’interculture doit être située à proximité des colzas de l’année N et de ceux de N-1. Pour que cela fonctionne, il faut la semer au même moment que le colza et viser au moins 10-15 pieds/m2 seul ou dans un mélange. Par ailleurs, il est nécessaire de vérifier, à l’automne, la présence de larves (méthode Berlèse) dans ces intercultures pour supprimer le couvert au pic de présence de ces dernières et, si possible, avant le stade L3. Dernier point essentiel : s’assurer de la bonne destruction du couvert.

Si les résultats du projet R2D2 sont prometteurs, ils restent encore à valider sur le long terme.

Céline Fricotté

(1) « Restauration de la régulation naturelle et augmentation de la robustesse des systèmes de culture pour une réduction durable de la dépendance aux insecticides ».