Avec 550 tonnes de semences certifiées vendues en 2021, la SAS du Coudray représente 3 à 4 % du marché des semences à paille bio. La particularité de cet établissement semencier ? Il appartient à deux agriculteurs d’une quarantaine d’an­nées, pleins d’entrain. Après une année 2016 catastrophique (110 000 euros de perte), Julien Jansens et Vincent Nivet, installés à Civray, dans le Cher, reprennent une ferme voisine de 110 hectares avec un forage. « Notre assolement était déjà très diversifié, avec une quinzaine de cultures, dont des légumes de plein champ et des semences. Mais nous devions acheter l’eau à notre voisin. Une fois propriétaires du forage, nous avons pu développer la production de semences », souligne Vincent. Sur les 400 ha, dont 70 % d’argilo-calcaires pierreux, 370 ha sont irrigables.

Travailler avec d’autres agriculteurs

L’établissement semencier, créé par le grand-père de Vincent dans les années 1940 et pionnier de la semence bio dans les années 2000, continue de se développer dans les céréales à paille : blé tendre (58 ha), orge de printemps (21 ha), avoine (16 ha) et, surtout, triticale (96 ha). Il vend en majorité à des distributeurs : VG Sol, Agribio conseil, AB développement, Moulin Marion, la Corab… « En 2020, nous n’arrivions pas à répondre à leur demande. Nous avons contractualisé avec cinq agriculteurs, multiplicateurs de semences, très techniques », explique Julien Jansens. Ils sont situés dans un rayon de 10-15 km, afin de vérifier la production. « La gestion des lots de l’extérieur apporte des incertitudes. Il y en a que nous devons trier plus ou moins », ajoute Julien.

Les associés commencent par sélectionner les variétés d’obtenteurs à multiplier, en fonction des résultats d’essais et de la demande des clients. Leur catalogue affiche seize variétés. Chaque année, deux à trois nouvelles sont testées. « En 2020, nous avons parié sur Poésie, variété de blé tendre issue de l’obtention autrichienne. Nous sommes les seuls à la multiplier en France. Son port est couvrant, un bon atout en agriculture bio, et l’équilibre entre protéines et rendements est très bon, même en 2021. C’est un pari gagné », note Julien.

À la moisson, la production est stockée chez les cinq multiplicateurs et apportée au fur et à mesure. « L’été et l’automne sont des périodes très chargées. Avec seize variétés, c’est un casse-tête pour le triage, la manutention et le nettoyage ! Nous y passons beaucoup de temps », souligne Vincent.

La ferme totalise 12 000 tonnes de capacité de stockage. Il y a deux ans, les agriculteurs ont opté pour quatre-vingts petits containers (160 t), apportant davantage de flexibilité. Un nouveau bâtiment est en construction pour tout centraliser. Un système d’ensachage automatique est mis en place.

 

<?EM-dummyText [photo-article-caption]?>
        
          <?EM-dummyText [photo-article-crédit]?>

 

</

Des graines alimentaires

Le marché est-il assez porteur pour rentabiliser ces investissements ? « Nous ne sommes pas touchés par la baisse de débouchés dans certaines filières biologiques, et les bouleversements internationaux comme la guerre en Ukraine nous affectent peu en bio », répond Julien Jansens.

Les deux associés développent, par ailleurs, une activité qui nécessite les mêmes équipements, mais sans corrélation de marché : la graine alimentaire. Ils ont noué un partenariat avec l’industriel Germline et AB Graines, un groupe d’agriculteurs du sud du Cher. Ensemble, ils ont signé un Fonds d’avenir, d’un budget d’un million d’euros, avec 40 % de subvention. 150 tonnes ont été commercialisées en 2021.

 

« Nous préférons travailler en synergie qu’en concurrence, et le partenariat avec Germline nous ouvre des portes sur les céréales du petit-déjeuner ou les flocons d’avoine », indique Vincent Nivet. Les deux exploitants pourraient augmenter la production de semences jusqu’à 700 tonnes, en développant les cultures de printemps pour mieux répartir la charge de travail. Mais pas au-delà. Ils sont déjà confrontés aux difficultés de recrutement et souhaitent conserver une petite entreprise « artisanale » et flexible.

Aude Richard