Depuis 2015, la plateforme Syppre (1) du Berry teste un système de culture innovant sur sols argilo-calcaires, dans un contexte où le classique « colza-blé-orge » montrait ses limites. « D’abord en désherbage, avec des problématiques géraniums et vulpins, explique Matthieu Loos, de Terres Inovia. La gestion des insectes sur les colzas devenait aussi difficile, avec des retours très fréquents de la culture dans la rotation. » Le système fait la part belle aux cultures de printemps et légumineuses, avec une rotation lentille-blé dur-colza associé-millet-tournesol-blé tendre-pois d’hiver-blé tendre. « Cette rotation constitue une vraie rupture », considère l’ingénieur.

Gestion des adventices

« Sur le plan économique, les résultats sont variables. Les cultures de diversification se révèlent plus sensibles aux aléas climatiques et un meilleur équilibre reste à trouver pour augmenter la robustesse globale du système », commente Matthieu Loos. Leur rendement n’est en effet pas au rendez-vous. « On a réussi à gérer les géraniums dans les colzas avec du semis direct précoce, mais les graminées ont pris le pas dans la rotation. » La pression vulpin s’est intensifiée, favorisée par la succession de quatre cultures d’hiver dans la rotation, et des résistances aux herbicides des familles Fop et Dim.

La succession de deux cultures de printemps, millet puis tournesol, a néanmoins montré une réelle efficacité pour diminuer les populations de vulpin et le stock semencier. « La succession de cultures de printemps reste une piste très intéressante dans des situations difficiles de salissement, note l’ingénieur. Dans le secteur, des agri­culteurs s’en sont d’ailleurs rendu compte en 2020, quand certains n’ont pas pu semer de blé à cause de l’automne humide et ont refait une culture de printemps­. »

Il conseille de cultiver un tournesol en deuxième plutôt qu’un maïs, dont la récolte parfois tardive peut gêner le semis du blé. Sur la plateforme Syppre, le rendement du blé récolté après le tournesol s’est révélé 8 à 10 % supérieur à celui d’un blé placé après colza dans la rotation témoin. « Le blé de tournesol a un meilleur potentiel, la parcelle est propre grâce à son positionnement après cultures de printemps. Cela se traduit par moins de charges de désherbage, et une marge améliorée d’une trentaine de pourcents. »

La plateforme Syppre travaille sur la réduction des phytos par la rotation. « C’est loin d’être évident », reconnaît Matthieu Loos. Ces trois dernières années, l’équipe a voulu substituer au maximum le glyphosate. « Pour l’éviter, on travaille le sol, ce qui crée un cercle vicieux : on ne fait plus de semis direct et on fait naturellement relever davantage d’adventices, qui ne sont pas toutes détruites avec le travail du sol. Il est aussi plus difficile de développer un couvert d’interculture. » De nouveaux compromis sont en cours de test, avec un usage du glyphosate limité à certaines situations comme la gestion des vivaces et le semis direct. « La plateforme cherche aussi à améliorer la fertilité des sols par les légumineuses, les couverts, le semis direct. Pour le moment, remplir cet objectif et s’interdire le glyphosate reste un défi. » Justine Papin

(1) Arvalis, Terres Inovia et ITB.