Si la principale maladie du colza reste le sclérotinia, depuis quelques années, la fréquence de fortes attaques est en régression. « C’est en lien avec les facteurs favorables au développement de la maladie, des températures douces et une humidité assez élevée de moins en moins rencontrées au cours des derniers printemps », signale Gwénola Riquet, chez Terres Inovia.

L’arrivée de nouveautés

Malgré un contexte de pertes de substances actives et de résistance (lire l’encadré ci-dessous), on note l’arrivée de nouveautés en 2021. Le fludioxonil vient s’ajouter à l’escarcelle de solutions et porte à quatre le nombre de modes d’actions disponibles pour gérer ce pathogène. Treso de Syngenta (50 % de fludioxonil, famille des phénylpyrroles) est à positionner au stade G1 (chute des premiers pétales) et sera proposé en pack avec un mode d’action de type strobilurines ou triazoles.

 

Cette molécule utilisée dans le cadre de la gestion d’autres maladies n’a jusqu’alors pas montré de résistance. « Cela permet de voir de façon un peu plus durable la gestion de cette maladie via l’alternance et/ou le mélange des substances actives », estime la spécialiste. Dans ses essais, l’institut a montré que Treso est équivalent aux spécialités déjà proposées sur le marché.

Génétique tolérante

« Ce qui permet également d’être plus serein, c’est le levier variétal avec le déploiement de la variété BRV 703 (de Brevant) », ajoute Terres Inovia. Les évaluations de l’institut, qui ont été effectuées sur cette nouvelle variété, ont montré en 2021 (à travers deux essais) 40 à 50 % de réduction du taux d’attaque par rapport à la variété sensible. Brevant annonce, de son côté, une diminution de l’incidence jusqu’à 60 % et propose de l’associer à un produit de biocontrôle de type Ballad. Terres Inovia rappelle toutefois qu’il faut réaliser son évaluation officielle.

 

Par ailleurs, l’emploi de solutions de biocontrôle (Rapsody, Ballad ou Polyversum) demeure efficace en cas de faible pression (inférieur à 10 % des tiges principales atteintes) avec des performances d’environ 30 %. En forte pression, l’efficacité baisse et est souvent irrégulière. La demi-dose de fongicide est alors incontournable.

Sur pression historique modérée de sclérotinia, Terres Inovia indique que toutes les solutions disponibles sont adaptées. Sur parcelles à fort risque, il faut privilégier les solutions à base de prothioconazole, Treso ou SDHI associé. « Dans certains cas à forts potentiels, notamment sur la façade maritime de Normandie, des stratégies à deux traitements peuvent être envisagées. »

À cela s’ajoutent mycosphaerella, cylindrosporiose et oïdium, des maladies dites secondaires. Il faudra adapter le raisonnement sclérotinia en fonction du risque régional vis-à-vis de ces autres pathogènes pour le choix des solutions.

Maladies secondaires

Pour le mycosphaerella, dont la fréquence a augmenté ces dernières années, le conseil est de ne pas intervenir à montaison mais de passer avec un traitement unique à base de prothioconazole à G1. Si le printemps favorise la maladie, un relais avec, de préférence, un triazole 10 à 20 jours après pourra limiter la montée vers les siliques.

 

Pour la gestion de la cylindrosporiose, le principal levier reste la tolérance variétale, avec un pool de variétés non négligeable. La lutte chimique arrive en dernier recours sur symptômes déclarés, pour protéger les siliques. En dehors d’attaques graves, le traitement sclérotinia à G1 suffit en intégrant un triazole (prothioconazole adapté). Dans le cas contraire, il est possible d’appliquer un triazole sans attendre la floraison.

Contre l’oïdium, les solutions à base de prothioconazole ressortent et on note de bonnes efficacités avec des triazoles plus « simples » et économiques com­me Sunorg à 0,8 l/ha. Une application unique à G1 est souvent suffisante. Mais les années à forte pression, ce qui reste rare, une double application à base d’un triazole (prothioconazole ou metconazole) est possible 10-15 jours après, en situation de montée sur siliques. Céline Fricotté