Florian Gamé est céréalier et maraîcher, installé en agriculture biologique sur une ferme de 164 ha à Thénisy, en Seine-et-Marne. Il a décidé, en collaboration avec Anaïs Hasselin, de faire pâturer, cet hiver, de l’épeautre, du blé et des couverts (repousses et moutarde) par les brebis de celle-ci. Le troupeau est arrivé sur l’exploitation le 10 janvier.

Cycle de l’azote

La technique, appelée déprimage des céréales, fait l’objet d’un regain d’intérêt ces dernières années, notamment pour ses intérêts agronomiques. « Je suis convaincu que cela peut avoir un effet bénéfique sur le rendement, en favorisant notamment le tallage », affirme l’agriculteur. Outre des réductions de charges (économie de passage de broyeur dans les couverts), plusieurs intérêts agronomiques sont recherchés.

« Ce qui m’importe sur céréales, c’est que tout le feuillage hivernal retourne dans le cycle de l’azote au lieu que les éléments se dessèchent sur la plante. C’est très intéressant en agriculture bio, où la moindre unité d’azote est utile », explique-t-il. Pour lui, l’idée est de faire pâturer les brebis peu de temps au même endroit dans les céréales, afin d’éviter le surpâturage et de balayer un maximum de surface avec un petit troupeau.

« Les sols de craie ont tendance à se souffler. Je pense que la présence de moutons peut aider en les rappuyant sans rouleau. » Par ailleurs, il espère que le passage des ovins va améliorer la propreté des parcelles, notamment pour la famille des dicotylédones. La pratique est aussi connue pour réduire la pression des maladies foliaires.

Il indique : « J’étais aussi à la recherche d’un effet raccourcisseur, car je cultive des variétés anciennes assez hautes. Mais les essais réalisés (voir l’encadré) montrent que le déprimage n’a pas d’impact sur ce point lorsqu’il est réalisé au bon stade. »

Couverts multi-espèces

« L’expérience motive pour être plus performant sur les couverts », souligne l’agriculteur, qui avoue n’avoir jusqu’alors pas vraiment travaillé la question. Il envisage de se tourner davantage vers des mélanges multi-espèces, en lien aussi avec les besoins alimentaires des moutons. Identification des be­soins, des zones et des périodes de pâturage, installation des parcs… « Plus les deux parties sont engagées dans le projet, plus elles y gagnent », estime-t-il.

D’un point de vue sociétal, il se réjouit du fait que la pratique, qui réintroduit de l’élevage dans la zone, crée une nouvelle interface de communication avec les riverains. « Cela interpelle et c’est tant mieux, explique Florian. Le lien avec la population est important. »