L’an passé, l’exploitation d’Arnaud, Ludovic et Julien Laurent était agréée HVE (haute valeur environnementale) niveau 3, l’aboutissement d’un changement de pratiques amorcé il y a dix ans. « Nous avons demandé cet agrément afin de fournir la restauration scolaire avec nos porcs, précise Arnaud. Cependant, cela n’a rien changé à nos façons de travailler. »

Leur mode de raisonnement est, aujourd’hui, basé sur l’observation, l’adaptation et l’autonomie. Les trois associés ont pour principe d’être indépendants, de n’être pas trop liés à une production, un système, un organisme.

Microdoses et auxiliaires

« Nous avons commencé à nous remettre en cause il y a dix ans, raconte Julien. Nous étions sur la traditionnelle rotation colza-blé-orge. Les premières résistances, notamment aux sulfonylurées, sont apparues dès 2002. Ici, nous sommes sur des zones de captages. Des MAE avaient été mises en place en 2008. Nous avons souscrit d’abord à cette démarche. Le colza est un gros consommateur de phytos, nous avons testé les microdoses sur certaines parcelles. Nous avons vite compris que nous obtenions les mêmes résultats, par rapport aux traitements systématiques. » La MAE concernait la moitié de la sole, mais c’est en réalité la totalité de la Scop qui a fait l’objet d’une modification des pratiques, afin d’être cohérents. Parallèlement, le maïs grain humide est introduit, intéressant agronomiquement, et valorisé dans la ration des porcs. « Nous ne faisions pas de maïs en sec, explique Arnaud, car dans notre secteur tardif, les frais de séchage sont inévitables. Avec le grain humide, nous contournons ce problème. C’est une grosse semaine de boulot, toujours un peu stressante. Toutefois, c’est de l’alimentation assurée pour nos animaux. »

Pour allonger les rotations, les associés tentent d’autres cultures de printemps, du pois et du lin. « Ces cultures n’ont réussi que sur les bonnes terres, souligne Ludovic, avec toujours le facteur limitant d’être sur un secteur tardif. L’orge de printemps, facilement maîtrisable, et le tournesol sont plus intéressants pour la marge. Ce dernier est plus compliqué à mettre en œuvre car il nécessite du matériel spécifique, au semis, pour le binage. » Les agriculteurs ont résolu le problème en utilisant le même semoir que pour le maïs avec, du coup, un interrang de 70 cm. D’où une petite perte à l’hectare, estimée à 1 à 2 q et compensée par l’amortissement du matériel. Pour le binage, une solution similaire est utilisée, la bineuse étant la même que pour le maïs.

Mélanges de variétés

En 2010, le réseau Dephy se met en place. Sébastien André, le conseiller de la chambre d’agriculture de Meurthe-et-Moselle, propose au Gaec d’y entrer, l’exploitation ayant déjà entamé sa « mue » agronomique. « Ces agriculteurs sont à la recherche d’alternatives pour réduire les phytos, souligne le spécialiste. En colza, ils n’emploient plus d’insecticides, car la culture pousse suffisamment vite. En maïs, ils ont recours aux trichogrammes contre la pyrale. En tournesol, ils pratiquent aussi les microdoses. Et, surtout, ils attendent que les coccinelles fassent leur part du travail contre les pucerons. » Pour le blé, des mélanges de variétés sont semés, afin d’optimiser les fongicides : « Nous mélangeons une ou deux variétés résistantes à la septoriose, avec celles qui ramènent du rendement, comme le blé barbu », indique Ludovic.

Du côté du travail du sol, même souci d’adaptation aux conditions du moment. « Rien n’est systématique, précise Julien. Nous optons pour du travail superficiel, du labour, en fonction de la nature de la parcelle, du précédent, de la météo, de la culture à venir. » Le labour est notamment pratiqué pour les cultures de printemps et représente environ un tiers de la sole.

Poussant leur stratégie de réduction des intrants, le Gaec des Hauts de Hurlevent a converti la surface en herbe au bio, depuis 2018. « Nous avons un troupeau allaitant rustique. Le bio permet d’aller un peu plus loin, note Arnaud. Même si en bout de chaîne, la valorisation n’est pas au rendez-vous, avec des broutards qui partent en conventionnel. Néanmoins, cela colle à notre objectif de favoriser la biodiversité sur notre exploitation. »

Dominique Péronne

(1) Mesures agroenvironnementales.