L’objectif de chaque agriculteur est de maintenir voire améliorer la fertilité des sols, ce qui passe par le stockage de la matière organique (MO). Celle-ci agit sur la stabilité structurale, la résistance à la battance et l’érosion, l’enracinement des plantes, les four­nitures d’éléments mi­néraux (N, P, K, oligos-éléments), l’activité biologique…

Analyse de terre

Exporter les pailles de céréales suppose de connaître avant toute chose l’état organique de ses sols. Pour ce faire, il existe plusieurs outils d’aide à la décision mis au point par les chambres d’agriculture, l’Inrae et Agro-Transfert-RT. Le premier consiste à réaliser des analyses de terre afin d’avoir un diagnostic de l’état du sol à un moment précis puis un suivi fiable dans le
temps du stock de MO et de
fertilisants.

La période de prélèvement jugée la plus favorable se situe juste après la récolte et avant le premier déchaumage. En cas d’impossibilité, il est toutefois permis d’in­tervenir en sortie d’hiver. La zone d’échantillonnage est choisie dans la partie la plus représentative de la parcelle. Après avoir repéré un point GPS, de six à neuf carottes sont extraites dans un rayon de 6 m autour du point.

Cette procédure sera renouvelée ensuite à un rythme régulier de cinq à dix ans. Dans la mesure du possible, les prélèvements sont effectués­ sur une profondeur de 30 cm, constante de date à date, ce qui permettra de mieux suivre ensuite l’évolution des stocks.

De nombreux facteurs influent sur le stock de matière organique du sol, parmi lesquels le climat, le type de sol, le système de culture, le régime d’exportation des résidus et d’apports de résidus organiques et l’implantation de cultures intermédiaires.

Bilan humique

Le bilan humique à la parcelle est l’outil le plus adapté pour mesurer entrées et sorties de MO. Parmi les entrées, se retrouvent les résidus des cultures principales et intermédiaires et les différents types d’amendements organiques (fumier, compost, résidus de méthanisation, etc.) Les sorties sont dues à la minéralisation de la MO et dépendent du climat et du type de sol.

Le calcul du bilan humique, réalisé par le modèle AMG (1), met en jeu la part de carbone actif qui représente un tiers du carbone total en système de grandes cultures. Deux autres paramètres interviennent : un coefficient d’humification qui dépend de la nature des apports, un coefficient annuel de minéralisation qui varie avec la texture du sol et le climat. Ce modèle paramétré sur des parcelles en essais de longue durée est aujourd’hui intégré dans des outils informatiques comme Simeos-AMG (2).

Il permet à un agriculteur quel que soit son système de grandes cultures de quantifier l’évolution du stock et de la teneur en carbone organique du sol en fonction des pratiques mises en place, d’estimer les biomasses de résidus de cultures produites et de décider s’il peut ou non exporter des résidus, à quel rythme, s’il peut modifier son travail du sol…

Simuler divers scénarios

« Prenons l’exemple d’un système céréalier classique avec rotation colza blé orge, installé sur un limon argileux avec une teneur en MO de 2,2 % et une pluviométrie annuelle de 780 mm, expose Annie Duparque, ingénieur Agro-Transfert-RT. Toutes les pailles sont restituées, mais l’agriculteur ne fait aucun apport de produits organiques et n’implante pas de couverts intermédiaires. Il laboure deux années sur trois. Le diagnostic de l’évolution de l’état organique du sol avec Simeos AMG montre une hausse constante du stock de matière organique sur trente ans. »

Il peut ensuite simuler plusieurs scénarios comme l’exportation totale des pailles ou une paille sur deux. « Dans ce cas de figure, le logiciel montre qu’il est possible d’exporter les pailles une fois sur deux sans compromettre l’état organique du sol à long terme », poursuit Annie Duparque.

Cela est d’autant moins problématique si les exportations sont compensées par l’introduction de couverts intermédiaires avant une orge de printemps, qui permettent un maintien de la teneur en MO. Un apport de compost de 5 t/ha tous les trois ans rend égalment possible l’export total des pailles. En revanche, le passage au non-labour ne permet pas de compenser l’exportation des pailles même s’il conduit à une teneur en MO améliorée en surface.

Vincent Thècle

(1) Modèle de l’Inrae de Laon.

(2) www.simeos-amg.org