Conscients de la nécessaire évolution des charges mécaniques et des pratiques agronomiques sur leurs petites terres à cailloux sans réserve hydrique, Jacques Piault et Laurent Tavoillot, agriculteurs à Annoux, dans l’Yonne, ont développé progressivement un système économe en intrants sur 350 ha. « Ici, il ne faut pas espérer faire son revenu en augmentant les rendements (60-65 q/ha en blé les bonnes années), mais en dépensant moins, soulignent-ils. Progressivement, nous avons réduit le travail du sol et arrêté le labour (semis direct strict depuis 2012), sauf pour le tournesol, culture compliquée à implanter en direct. »

Échange paille-fumier

Du fumier est échangé avec des éleveurs contre de la paille (200 t/an), de même que les couverts ramènent de la vie dans les sols et limitent les achats d’engrais. Sur les céréales, un peu d’azote (10 unités/ha) et de soufre (20 unités/ha) sont apportés en localisé au semis, ainsi qu’un tiers de dose de phosphore à l’automne. Des fientes de volailles sont épandues fin août-début septembre sur les couverts.

La rotation, longue et diversifiée, comprend jusqu’à 7 à 8 cultures dont une de printemps et des légumineuses. Elle n’est pas définie de façon stricte, néanmoins elle est fonction du salissement des parcelles, du niveau des cours et des coûts des engrais. Les exploitants ne s’interdisent pas de détruire une culture pour la remplacer si la parcelle est sale ou loupée. Cette année, compte tenu de l’explosion des prix des engrais, ils feront moins de céréales et plus de protéagineux. Malgré les dégâts des sangliers qui obligent à aplanir le sol avant les semis de pois, de lentilles et de tournesol, les agriculteurs parviennent à maîtriser la pression des mauvaises herbes.

En ACS (agriculture de conservation des sols), l’enjeu est de faire de belles intercultures pour étouffer les adventices et amener la matière organique. Pas facile dans les conditions climatiques très sèches des dernières années où l’implantation des couverts multi-espèces (1) après moisson s’est révélée très difficile. C’est pourquoi Jacques et Laurent se sont orientés en partie vers des couverts permanents (luzerne). Leur gestion, toutefois, exige de la surveillance. Les luzernes sont, en effet, des plantes compétitives aussi bien pour l’eau que pour l’alimentation. Âgées, elles sont difficiles à détruire. Pour éviter des pertes de rendement sur la culture, une régulation chimique avec un désherbant type Allié et du fluroxypyr (Starane) est indispensable.

Depuis deux ans, les agriculteurs testent aussi l’implantation des couverts en avril avec des cultures telles que l’orge de printemps. « Le trèfle blanc est moins résistant au sec que la luzerne, et s’éclaircit en N + 1, commente Laurent. Plante pluriannuelle moins envahissante que la luzerne, le lotier semble être un bon compromis. Cependant, la semence est chère, et la récolte des cosses délicate. » Le sainfoin sera expérimenté en 2022.

Semer les couverts dans des parcelles propres

« Le printemps est la période la plus propice à la levée des couverts. Mais leur implantation précoce restreint les possibilités de désherber la culture en place. Semer dans des parcelles très propres est indispensable », confirme Louis Gabaud, technicien de la chambre d’agriculture de l’Yonne. Jacques et Laurent cheminent avec des collègues de l’Yonne, au sein du groupe Galilée de la chambre d’agriculture, car en ACS, l’apprentissage n’est jamais terminé.

Anne Bréhier

(1) Fenugrec, lentilles, tournesol, avoine, féverole, voire moutarde.