La verticilliose du tournesol, une maladie causée par un champignon tellurique (Verticillium dahliae), connaît une forte expansion depuis 2010, notamment dans le sud-ouest de la France. « Toutes les matières actives sont, aujourd’hui, interdites et la rotation à elle seule ne suffit pas, puisque le champignon est capable de se conserver plus de dix ans dans le sol », explique Neïla Ait-Kaci Ahmed, doctorante à Inrae Toulouse (1). Sa thèse s’est intéressée aux couverts et à la biofumigation en tant que méthodes de lutte complémentaire au choix variétal, dans la continuité de travaux menés pour le projet Casdar CTPS Crucial, à Auzeville près de Toulouse (Haute-Garonne), en 2016 et 2017.

Des profils de couverts

Sur le même site, plusieurs couverts (radis fourrager, navette fourragère, moutarde brune, vesce du Bengale) en pur ou en mélange (bi ou tri-spécifiques) ont été testés en 2019 et 2021 : « Les brassicacées ont été choisies pour leur profil contrasté en glucosinolates (lire l’encadré), et la légumineuse pour voir si un effet engrais vert, complémentaire à celui de la régulation biologique, serait visible », souligne la doctorante.

Les couverts ont été semés en septembre ou début octobre, après du blé, puis broyés et enfouis à floraison en février. Un suivi hebdomadaire des symptômes de la verticilliose sur tournesol (variété sensible) a été réalisé pour chaque modalité et comparé à un témoin (sol nu). « À l’échelle des cinq années de suivi, c’est le radis fourrager qui a réduit le plus la sévérité de la maladie : l’effet des autres couverts n’a pas toujours été significatif par rapport au témoin », indique Neïla Ait-Kaci Ahmed. Les densités des couverts en mélanges étant fixes, des perspectives pourraient être envisagées en faisant varier ce paramètre, de même que les espèces ainsi que les variétés de couverts, leurs périodes de semis et de destruction, le tout dans d’autres contextes pédoclimatiques.

Détruire au bon moment

Outre le choix des couverts, ces travaux confirment que l’efficacité de la biofumigation est conditionnée par l’emploi de bonnes pratiques. « Les couverts doivent être détruits à des températures douces pour que l’enzyme responsable de la libération des composés biocides soit active, et si possible peu avant une pluie. Le stade de la floraison est aussi à respecter car c’est là que les teneurs en composés biocides sont les plus élevées. Enfin, l’enfouissement des couverts doit être effectué immédiatement après leur broyage car les composés sont volatils », précise la doctorante.

Charlotte Salmon

(1) Troisième année de thèse Cifre financée par MAS Seeds : accueillie à Inrae Occitanie-Toulouse (UMR Agir, équipe Vasco). Encadrants : Célia Seassau, enseignante-chercheuse à l’INP-EI-Purpan UMR Agir, et Grégory Dechamp-Guillaume, professeur à l’INP-Ensat UMR Agir.