Au début octobre, il restait à Benoît Watrin un quart de ses parcelles en tournesol à récolter. Les premières l’ont été vers le 20 septembre. Le jeune agriculteur table sur un rendement moyen de 28 q/ha. Une année correcte au regard des aléas qu’il a subi après les semis. « Les pigeons et les corbeaux se sont régalés. Ils aiment beaucoup les petites plantules. J’ai dû resemer un tiers des surfaces. »

Benoît est à la tête d’une exploitation de 230 ha située à Rouvrois-sur-Othain, tout à l’est de la Meuse. Alors qu’il pratique l’agriculture de conservation (1), il a diversifié ses cultures d’abord pour des raisons agronomiques. Il répartit aussi les risques techniques et économiques sur plusieurs espèces, plutôt que sur les trois qui constituent la classique rotation en Lorraine : colza-blé-orge. « Je fonctionne avec 1/8e de la sole en colza, 1/8e en maïs, 1/8e en lin, 1/8e en tournesol, 1/8e en orge de printemps, 3/8e en blé, précise-t-il. Avec pour succession sur une parcelle : colza, blé, maïs, orge de printemps, tournesol, blé, lin, blé. J’ai donc trois cultures de printemps de suite, toutefois cela permet de nettoyer les champs, maîtriser les vulpins. Et, surtout, de réduire l’emploi des herbicides. Ce qui colle à mes pratiques. »

Pas d’insecticide

Ayant effectué une partie de ses études dans la région de Reims (Champagne-Ardenne), l’exploitant y a vu pas mal de cultures industrielles. Ce qui lui a donné l’envie de tester le lin et le tournesol. « Au début, en 2007, je passais pour un ovni, car le tournesol est déconseillé au nord de la Lorraine, considéré à risque au moment de la récolte. Il faut trouver le bon compromis en matière de date de semis : trop tôt, le sol est trop frais. Tard, les dates de récolte sont en conséquence. Heureusement, les variétés ont bien évolué. »

L’agriculteur utilise des couverts végétaux entre les cultures de printemps, à base de phacélie, fenugrec, trèfle, vesce. Après destruction par le gel et si besoin passage de Roundup, il prépare le sol de façon superficielle avec un outil à disques. Le semis est réalisé entre le 17 et 20 avril. Benoît se servait au départ d’un semoir à céréales. Depuis, il a investi dans un semoir monograines. L’itinéraire technique est simple. Un passage de désherbant à faible dose après le semis, 50 à 60 u/ha d’azote. Pas d’insecticide, la plante étant peu sensible aux piqûres et aux viroses.

Pour la récolte, la moissonneuse est équipée de plateaux spécifiques. Avant de semer le blé, l’agriculteur aplatit les cannes restantes avec un rouleau, sans les enfouir. « C’est une plante rustique, peu énergivore, qui rentre bien dans le cadre de l’agriculture de conservation. Sa racine pivotante est aussi très intéressante pour restructurer le sol. Côté marge brute, elle est plus faible que pour un blé ou un colza, mais je raisonne sur une rotation complète. »

Dominique Péronne

(1) Benoît est président de « Sol en Vie », un groupe technique d’agriculteurs lorrains qui pratiquent l’agriculture de conservation.