En 2002, Sylvia et Christian Jarry s’engagent dans un contrat territorial d’exploitation (CTE). Pour le couple, c’est un déclic. « On a redécouvert notre biodiversité, observé des insectes auxquels on ne prêtait pas attention avant - mantes religieuses, phasmes - ou encore des chauves-souris. Mais après cinq ans, le CTE s’est arrêté et il n’y a pas eu de suite », regrettent-ils.

La ferme des Jarry compte près de 70 limousines, des normandes pour faire des veaux de lait (vendus en direct), ainsi qu’une cinquantaine de brebis. « À l’école, on nous a appris à produire, à accélérer la croissance des animaux, pas à regarder la biodiversité, les plantes », se rappellent-ils.

Le système des agriculteurs reposait au départ sur des prairies temporaires, mélange de trois espèces (dactyle, ray-grass et trèfle), retournées tous les trois à cinq ans. Humides, pas assez productives et nécessitant un important entretien, les prairies naturelles représentaient, quant à elles, des contraintes. « On a ensuite pris conscience de l’utilité de la diversité de leur flore pour l’équilibre alimentaire des bêtes, et on a changé nos pratiques », expliquent-ils.

Modification des prairies

De temporaires, les prairies deviennent « à rotation longue ». Les exploitants travaillent leur composition, testent différents modes de semis, et font des essais de flore sur les prairies naturelles. « On a notamment réintégré du plantain, riche en tanins. »

Le couple cultive également 28 ha de méteil, dont une partie est fauchée, l’autre récoltée à la batteuse. « Nous sommes autonomes à 100 % pour l’alimentation des animaux. Nous pallions le manque de paille avec du foin sec, récoltés sur les 10 ha engagés en MAEC (mesures agroenvironnementales et climatiques) fauche tardive, qui permet aux plantes et animaux d’accomplir leur cycle reproductif », indiquent-ils.

Assainir le cours d’eau

Fort de leur expérience avec les CTE, les Jarry se sont engagés dans plusieurs MAEC dont l’entretien des ripisylves, les formations végétales qui bordent les cours d’eau. « On ne savait pas qu’on faisait mal en laissant les vaches boire dans le cours d’eau. Elles détruisaient les berges et polluaient avec leurs bouses, se confient-ils. Alors on a appris, en se faisant accompagner. » Ils mettent en place des ripisylves et des descentes aménagées. Les analyses d’eau s’améliorent. « Notre plus belle récompense est la visite récente d’une loutre. Si elle est venue, c’est que l’habitat lui correspond, qu’elle peut se nourrir. »

Les éleveurs ont également intégré une MAEC système « polyculture-élevage », qui visait notamment la réduction des IFT, indice de fréquence de traitement. « Nos IFT étaient déjà faibles, à 0,4. On a investi dans un pulvérisateur pour mettre des microdoses, et les diminuer encore plus. Alors, on s’est dit qu’il fallait aller plus loin : on a vendu le pulvé et arrêté complètement les phytos. »

Sylvia et Christian ont néanmoins choisi de ne pas se convertir au bio, ne voulant pas se rajouter de contraintes supplémentaires. Justine Papin