Le 12 octobre dernier, les associés du Gaec Leclère ont semé 16 hectares de blé de variété Camp Rémy, sur une seule parcelle. Sur ces 16 hectares, 3 ha l’ont été avec des semences certifiées et le reste avec celles d’origine fermière. Deux mois plus tard, la culture avait bien démarré, à l’instar des autres cultures d’hiver sur l’exploitation. Cela fait maintenant trois campagnes que Francis Leclère et son fils Vincent sèment cette variété, qui n’est plus très courante dans les champs de l’Hexagone. « Camp Rémy, c’était le top des blés meuniers il y a trente ans », souligne Francis Leclère, cinquante-six ans, et qui s’est installé en 1987. Mais pour Vincent, vingt-huit ans, les leaders sont aujourd’hui Extase et Chevignon.

 

Un prix pour quatre ans

Il souffle donc un petit air rétro du côté de Dieuze, en Moselle, depuis qu’un moulin, situé dans les Vosges et qui s’approvisionne auprès du GPB Dieuze-Morhange (1), la petite coopérative cé­réalière du centre Moselle, a demandé à celle-ci de le fournir en certains types de grains. Ce moulin approvisionne des boulangeries de son secteur, demandeuses de farines pour pains spéciaux. Francis Leclère est administrateur au GPB, il a entendu parler de la démarche et lorsque le responsable technique de la coop, Philippe Tormen, l’a contacté, il a décidé de se lancer. « Nous avons fait ce choix pour des raisons économiques, car le contrat stipule un prix établi pour quatre ans, ce qui est un gage de sûreté, souligne Francis. Mais il y aussi une fierté à fournir une filière locale, à choisir la qualité, l’authenticité et pas toujours la productivité. »

 

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Et Philippe Tormen d’ajouter : « Camp Rémy est une vieille variété, que l’on a oubliée pour des raisons, effectivement, de rendement. Elle a été dépassée sur le plan génétique et n’est plus utilisée que pour des marchés de niche. Le problème est que l’on manque aujourd’hui de références techniques quant à sa tolérance aux maladies, sa sensibilité au gel. Toutes ces notations n’ont pas été réactualisées. Camp Rémy donne de grandes plantes, ce qui est intéressant pour la paille, mais la sensibilité à la verse n’est pas top… En ce qui concerne la pression des maladies, nous sortons de plusieurs années où elle était faible. Donc, là aussi, il y a un manque de références actualisées. »

Une cellule affectée à la livraison

À l’automne 2019, le Gaec ensemençait sa première parcelle sur 12 ha. « La conduite se fait comme pour un blé actuel », précise Vincent. La récolte avait donné un rendement de 65 q/ha. Un chiffre correct sur les terres argilo-limoneuses de l’exploitation, où les blés se situent entre 70 et 75 q/ha. « Nous sommes dans des secteurs intermédiaires, dédiés à la polyculture-élevage, souligne Francis, pas sur les meilleures terres du plateau lorrain. Camp Rémy se situe à 15 q de moins à peu près par rapport à un blé “moderne”. J’ai fait le calcul : c’est l’écart maximal acceptable pour que la marge obtenue soit correcte. À la moisson, elle est aussi plus dure à battre, du fait des glumes qui sont très fermes. »

 

Autre contrainte, la récolte doit être livrée séparément de celles des autres parcelles. Elle part directement au silo du GPB à Lezey, à 10 km de l’exploitation, dans une cellule dédiée. La livraison est immédiate, à moins de stocker.

En 2020, la surface implantée a été de 20 ha, derrière un colza. La culture connaît des aléas, du fait de la météo (fortes gelées en février, sécheresse et froid au printemps). Les deux agriculteurs croient la parcelle perdue, mais elle se rattrape et donne un rendement correct.

À la demande de clients meuniers, le GPB travaille aussi avec des variétés très anciennes, datant d’avant la Seconde Guerre mondiale. « Nous avons trouvé la semence de blé rouge d’Altkirch, ajoute Bernard Lemmens, le responsable qualité du GPB. Mais la faiblesse des rendements, même avec une conduite avec les itinéraires techniques actuels, en reste le maillon faible. Ce sont des variétés que nous devons redécouvrir sur le plan technique. Elles correspondent à des débouchés très limités, mais la demande est là. »

Dominique Péronne

(1) Groupement des producteurs de blé.