«Avec le réchauffement climatique et les étés chauds et secs que nous avons connus ces dernières années, certains agriculteurs sont à la recherche de cultures qui supportent mieux les températures élevées et le stress hydrique, explique Nicolas Latraye, ingénieur régional Hauts-de-France à Terres Inovia. Le tournesol en fait partie. Ses surfaces ont même été multipliées par dix au cours des trois dernières années dans la région. » Elles sont passées de 600 hectares en 2018 dans les cinq départements des Hauts-de-France, à 6 300 hectares en 2021, avec les deux tiers des superficies dans l’Oise et 1 770 hectares dans l’Aisne.

Une variété précoce

Il a fait plutôt frais et surtout très humide cette année, et malgré ces conditions a priori plus difficiles pour la culture, le tournesol a réussi à tirer son épingle du jeu. « En 2021, les rendements se sont échelonnés entre 15 et 38 quintaux à l’hectare, avec une moyenne autour de 28-30 q/ha, indique le spécialiste. Les résultats dépendent surtout de la date de semis, des pluies qui sont tombées ou pas au bon moment, des dégâts d’oiseaux et, principalement, de la date de récolte. »

La clé la plus importante pour réussir le tournesol dans les zones nord est de retenir une variété précoce, voire très précoce, pour assurer une récolte pas trop tardive à l’automne. « Les distributeurs proposent en général deux ou trois variétés bien adaptées à leur terroir », souligne Nicolas Latraye. Une récolte trop tardive risque de provoquer des pertes de rendement, liées au prélèvement par les oiseaux, à la chute de capitules et au développement de maladies comme le sclérotinia ou le botrytis. Elle peut également entraîner une baisse de la qualité des graines, en particulier leur acidification. Les récoltes tardives ne favorisent pas non plus l’implantation du blé ou de l’autre culture qui va suivre. « Cette année, il a fallu trouver un compromis entre date de récolte et taux d’humidité, car le déficit de températures et la pluviométrie ont allongé le cycle de la plante », précise-t-il. Les organismes stockeurs sont équipés de séchoirs et, d’un point de vue logistique, la récolte du tournesol passe entre celles du blé et du maïs.

Se prémunir contre les oiseaux

Le principal frein à la culture dans la moitié nord de la France est la présence d’oiseaux au printemps. Les corbeaux s’attaquent généralement à la graine ou déracinent la plantule, et les pigeons mangent les cotylédons ou les premières feuilles. « Pour les éviter, il faut une levée rapide et homogène, et pour cela, réaliser le semis sur un sol réchauffé, au moins 8 °C à 5 cm de profondeur », conseille Nicolas Latraye.

Le responsable de Terres Inovia estime, par ailleurs, qu’il ne faut pas semer trop tôt le tournesol, car c’est une culture qui craint le gel. « Cette année, à une journée près, des parcelles auraient pu être affectées par l’épisode de gel de début avril », remarque-t-il.

Économiquement parlant, le tournesol nécessite peu d’intrants et les cours ont bénéficié du même rebond que pour le colza. Ils étaient de 650 euros la tonne le 26 novembre rendu Saint-Nazaire, ce qui laisse une marge brute confortable au producteur.

Blandine Cailliez