«La culture de pommes de terre implantée dans une grande majorité des cas après un labour et un travail du sol très fin est aujourd’hui plutôt décriée pour sa faible préservation du sol, reconnaît Michel Martin, d’Arvalis. Afin de mieux l’adapter à l’agriculture de conservation, des travaux sont engagés pour préparer les buttes à l’automne et y semer un couvert, avant d’implanter la culture au printemps. » La chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais a testé la technique pendant trois ans, et les instituts partenaires du projet Syppre depuis deux ans. L’objectif est de permettre au couvert et au gel de l’hiver de remplacer le travail du sol, d’éviter le labour et le passage de fraise ou de herse rotative, gourmands en énergie, qui affinent trop le terrain et nécessitent des tracteurs lourds. Le principe est d’effectuer un déchaumage et un passage de chisel profond à l’automne, afin d’ameublir le sol avant la formation des buttes.

Implantation au printemps

« Nous avons semé le couvert avant le buttage, pour éviter que les semences ne tombent entre les buttes, souligne Nicolas Latraye, de Terres Inovia, animateur de la plate-forme Syppre Picardie. La première année, il s’est bien développé, en particulier les phacélies et féveroles, et la structure du sol à l’intérieur de celles-ci était vraiment intéressante. Mais la reprise au printemps a été difficile : après les fortes pluies de l’hiver et un assèchement excessif en mars, une croûte de 7 à 10 cm s’est formée sur les buttes. Nous avons dû réaliser un travail du sol pour les rétablir et implanter les pommes de terre. Le labour et le passage de fraise ont néanmoins été évités. » Sans irrigation, les rendements n’ont pas été bons, mais comme dans les parcelles témoins. « Cette année, le couvert s’est un peu moins développé, sauf le tournesol et les féveroles, mais a joué son rôle sur la fixation de l’azote et la structuration du sol », précise-t-il.

Après trois ans d’essais, la chambre d’agriculture estime qu’il est possible d’obtenir un rendement correct, mais avec des fluctuations selon les conditions météo et le matériel utilisé.

« L’implantation au printemps est la phase la plus délicate », reconnaissent ses ingénieurs. Pour eux, la plantation directe dans les buttes est risquée, car la structure se compacte et la reprise des buttes semble la meilleure solution.

Se pose également la question de la qualité. « Les conditions de structure du sol peuvent dégrader la lavabilité des tubercules, et augmenter la tare-terre à la récolte » indiquent-ils. « Lorsque le sol est trop aéré, il y a des risques d’attaques de gale commune et de rhizoctone, comme on l’a vu en système non labouré », précise Michel Martin.

Blandine Cailliez