«Avec une rotation blé dur-tournesol, je ne dégageais plus de rentabilité. Avant de transmettre l’exploitation, j’ai choisi il y a cinq ans de passer en bio tout en me diversifiant. J’ai ainsi planté des vergers et introduit des cultures sous contrat, en ciblant des productions de niche bien valorisées », explique Alain Choclazeur, qui a passé la main à son fils Mathieu en 2019. Installé à Puginier, dans l’Aude, celui-ci cultive aujourd’hui une douzaine d’espèces sur 60 ha de sols argilo-calcaires.

Pour 2020-2021, l’assolement comprend des noyers, des amandiers, du blé tendre, du soja, des grenadiers, des plantes aromatiques commercialisées en graines (coriandre, aneth et fenouil), du maïs pour le pop-corn, des lentilles, ainsi que du chanvre... ou du chia, « un choix qui reste à faire », précise Mathieu.

Entre ces jeunes noyers, Mathieu a semé à l’automne du blé tendre sur une bande de 4 mètres de largeur. © F. Ehrhard

Productions de niche

Après la récolte du blé fin juin, il implante en dérobée du soja à cycle court destiné à l’alimentation humaine. « Je fais ainsi deux récoltes par an, avec un rendement moyen de 25 à 30 q/ha en blé tendre à 450 €/t, avec 11 % de pro­téines, et de 20 q/ha en soja vendu entre 550 et 650 €/t. Ce dernier a aussi l’avantage de couvrir le sol l’été, ce qui limite l’enherbement », apprécie Mathieu. Après avoir remplacé le labour par le décompactage, il a introduit des couverts en interculture.

Il développe l’irrigation, avec un pivot et des enrouleurs pour le soja, le maïs et parfois le blé ou les plantes aromatiques, et un réseau de goutte-à-goutte pour les vergers.

Cultures associées

Entre les rangées de grenadiers, espacées de 4 mètres, il implante des artichauts, et entre celles d’amandiers et de noyers, où il dispose de 7 mètres, de la luzerne puis du blé tendre. Cela lui permet de faire une petite récolte en attendant que les arbres entrent en production. « La présence de ces derniers est bénéfique à la culture associée, observe Alain. Le rendement en blé tendre, à surface équivalente, est de 20 % supérieur à celui des parcelles où il n’y a que du blé. » Tout n’est pas encore calé dans ce nouveau système.

« Il faut d’abord vérifier si les nouvelles cultures s’adaptent bien au sol et au climat, note Mathieu. Le pois chiche, par exemple, ne produit pas suffisamment. Je l’ai abandonné, et je vais peut-être faire de même pour la lentille, qui donne des rendements trop variables. » Il teste également différents acheteurs, qu’il contacte avant de semer. « Pour 2021, tout est quasiment prévendu. Pour le maïs pop-corn, par exemple, je vais travailler avec un label bio suisse. »

En 2021, Mathieu devrait récolter ses pre­mières amandes à la machine. Pour les noix, qui se récoltent aussi mécaniquement, il devra attendre 2023. Les grenades, elles, se cueillent à la main. « Il y a une forte demande pour ces trois fruits. Il reste à voir les rendements et les prix que je pourrai obtenir. »

Encore en phase d’investissement, il conserve en parallèle un emploi salarié : « D’ici quelques années, quand tous les vergers seront en production, je devrais arriver à vivre de l’agriculture. » Frédérique Ehrhard