«Les pratiques d’agriculture raisonnée que nous avons développées depuis douze ans, en collaboration avec notre OS, correspondent aux exigences du cahier des charges Agriéthique », explique Julien Taboulot. Avec son associé Charles Baptiste, l’agriculteur exploite 450 ha à Thiel-sur-Acolin (Allier), soit 250 ha de cultures (blé, pois de printemps, tournesol, colza, maïs, orge) et 200 ha d’herbe avec 150 vaches allaitantes (1).

Un plus pour la trésorerie

« Il s’agit de produire des blés meuniers de qualité, sans mycotoxines, tout en réduisant les intrants, explique-t-il. À 35-40 €/ha le traitement, on y regarde à deux fois. D’autant plus que le potentiel de nos sols sablo-limoneux et limono-argileux est limité (75 q/ha au mieux) et que l’impact du réchauffement climatique est palpable depuis cinq ans. » À l’instar d’une quarantaine d’exploi­ta­tions engagées dans cette démarche Agriéthique aux côtés de la SAS Decreaux (situé à Dompierre-sur-Besbre, dans l’Allier) et de la minoterie Forest (à Cluny, en Saône-et-Loire), Julien apprécie la visibilité apportée par le prix garanti sur trois ans, à 180 €/t. « Quand le Matif est à 185 €/t, ce niveau peut paraître peu attractif, observe notre interlocuteur. En revanche, quand il est à 150 €/t, c’est une sécurité. » Une renégociation du prix est prévue en 2021. « Une augmentation de 2 à 3 % par an pour couvrir l’évolution des charges fixes serait idéale », pointe le polyculteur-éleveur.

Évolutif, le cahier des charges a été élaboré conjointement par le collecteur-distributeur et la minoterie. Seuls les principes (respect du guide de bonnes pratiques agricoles, traçabilité à la parcelle, rémunération du producteur) sont nationaux. Les agriculteurs doivent intégrer depuis 2020 la norme NFV30 (ex-charte Irtac-Arvalis). Beaucoup de points concernent le respect de l’environnement, avec des analyses de sol et des outils d’aide à la décision pour réduire les apports d’engrais, positionner les traitements et réduire les doses de phytosanitaires. « Grâce aux enregistrements effectués par l’agriculteur, précise Christophe Decreaux, nous disposons à la parcelle de toutes les données liées à la production du blé, y compris l’empreinte carbone et les dépenses d’énergie, des éléments importants pour communiquer avec le consommateur d’aujourd’hui. »

Chez Julien Taboulot, le blé (du Chevalier et plus récemment de l’Absalon) est cultivé après du colza, du RGI ou du maïs. Dans ce cas, le terrain est obligatoirement labouré pour éviter tout risque de fusariose. La céréale est semée fin octobre, de plus en plus tard pour réduire la pression des mauvaises herbes. La plante n’est plus désherbée au semis, mais au stade 3 feuilles avec un rattrapage si nécessaire. L’été, deux déchaumages sont réalisés, l’un après la moisson, l’autre début septembre. Un, voire deux fongicides à mi-dose sont appliqués. L’acquisition d’un pulvérisateur avec autoguidage et coupure de tronçons a permis d’accroître le débit de chantier (jusqu’à 100 ha dans la journée), d’améliorer la précision du travail et de réduire la pénibilité. La fertilisation azotée (100 unités/ha) est apportée par 15 t de fumier/ha (une année sur trois) et de l’engrais minéral épandu en trois ou quatre passages. Équipé d’un système de pesée DPA, le semoir à engrais disposera lui aussi bientôt d’un système de coupure de tronçons.

Anne Bréhier

(1) Femelles engraissées, mâles exportés.