Marge brute, marge nette, prix de vente ou rendements sont autant d’indicateurs permettant d’apprécier la rentabilité du tournesol à l’année (lire l’encadré). « Mais elle ne se réduit pas à la seule dimension économique, prévient le chargé d’études de Terres Inovia, Vincent Lecomte. Il faut aussi prendre en compte son insertion dans le calendrier de travail par rapport aux autres cultures et ateliers, le nombre d’interventions… Les cultures d’été sont complémentaires de celles d’automne. » Le tournesol nécessite peu d’investissements majeurs, sinon de s’équiper d’une coupe pour récolter dans de bonnes conditions, « voire d’un semoir monograine », précise-t-il.

Peu d’investissements

Au-delà d’une année, la rentabilité se calcule à l’échelle de la rotation et de la succession des cultures. « La présence de cultures de printemps et d’été est reliée à une qualité de désherbage. Positionné par exemple avant un colza, le tournesol tend à réduire les graminées hivernales et donc les charges. On note ainsi un gain de compétitivité sur les autres cultures, affirme le spécialiste. Et le tournesol présente un besoin en azote modéré. »

La culture se distingue en outre par sa robustesse. En partenariat avec Arvalis, Terres Inovia a comparé de 2014 à 2016 les marges brutes du maïs grain, du soja, du sorgho et du tournesol, cultivés sans irrigation. « Les quatre années d’essais ont été contrastées, avec des étés arrosés et d’autres secs. Le tournesol amortit bien les effets météo, ce qui est également ressorti en 2019 et 2020 en contexte de sécheresse », rapporte Vincent Lecomte. Culture d’intérêt pour diversifier les assolements en zones intermédiaires, le tournesol constitue une bonne tête de rotation. « Il est opportun de l’insérer dans des contextes variés », complète l’expert.

Multiples valorisations

La graine de tournesol est valorisée à la fois en alimentation humaine avec l’huile, en alimentation animale avec les tourteaux issus de la trituration, et en non alimentaire avec les biocarburants et l’oléochimie. « L’huile reste le débouché majeur en valeur, à 80 %, contre 20 % pour les tourteaux, ajoute-t-il. Mais nous sommes dans un contexte de forte croissance sur le marché mondial de la protéine, où le tournesol peut tirer son épingle du jeu. » Dans un marché mondialisé, le prix des graines reste soumis à de multiples influences. « Cependant, on remarque depuis 2014 une variabilité interannuelle relativement faible. »

Le tournesol linoléique, notamment utilisé pour les productions de margarine, se différencie du tournesol oléique, utilisé en agroalimentaire pour les fritures. « Ce sont deux marchés spécifiques. La moyenne de prix du linoléique depuis 2013 se situe à 347 €/t, contre 383 €/t pour l’oléique. L’écart entre les deux s’est resserré en 2020 en raison de la baisse de la restauration hors domicile. »

Justine Papin