Violaine n’est pas issue du milieu agricole, mais a travaillé dix ans en élevage ovin laitier, notamment dans les Alpes. Trois ans après avoir entamé les démarches d’installation et passé un BPREA en agriculture bio, elle est revenue sur ses terres natales du Nord. Le foncier y est rare et cher. Pour faire ses yaourts et fromages, une troupe hors-sol aurait suffi : « Si on a assez de brebis, il n’y a pas de surface minimum pour être affilié à la MSA. Mais c’était loin de mon projet. »

La jeune agricultrice a démarré il y a un an. Des voisins lui ont mis à disposition des pâtures inutilisées et des amis ont partagé leur atelier de transformation, à 12 km de là. « C’est grâce à des rencontres que j’ai pu commencer. Ici, on est peu nombreux en élevage, en bio, et en transformation : cela crée des liens. » Avec quinze brebis, son élevage ne fait d’ombre à personne…

« Heureusement que j’ai un petit troupeau, sourit-elle, car je passe du temps à le déplacer entre les parcelles qui sont éparpillées. » Les pâtures prêtées, qui ne recevaient aucun traitement, ont êté certifiées bio directement. Elles ont suffi à nourrir les bêtes cette année, mais il en faudra davantage pour porter le troupeau à trente-cinq brebis.

Avec la transformation et la vente directe, l’activité sera suffisante pour être affiliée comme chef d’exploitation à la MSA. Son statut actuel de cotisante solidaire ne lui donne ni couverture sociale, ni droit de vote aux élections professionnelles. « C’est un “statut-tremplin” pour démarrer mon activité, commencer à vendre ma petite production et continuer à me former », apprécie Violaine. Pour le moment, elle cumule le travail à la ferme et un mi-temps salarié, partagé entre une fromagerie et un jardin pédagogique. À terme, elle prévoit de sortir un Smic en étant à temps plein sur l’exploitation.

Ses calculs ne tablent sur aucune aide de la Pac. Elle restera de toutes façons sous les seuils pour les aides ovines et n’a aucune visibilité sur le foncier (pour l’instant, le prêt informel ne donne droit à aucun droit à paiement de base - DPB). Le seul coup de pouce prévu est la DJA. « Le chiffre d’affaires prévisionnel est suffisant pour y prétendre. Je dois finaliser mon installation d’ici un an. Ensuite, j’espère atteindre trente-cinq brebis en deux ou trois ans. »

L’accroissement du cheptel se fera en interne. « Je vise un maximum d’autonomie et un minimum d’investissement : c’est la condition pour qu’un petit projet soit viable, assure-t-elle. Les petits ne doivent pas chercher à imiter les gros. » Il faudra quand même investir : le bâtiment actuel autoconstruit­ ne suffira pas et il faudra une fromagerie sur place.

Et les débouchés ? « C’est le point sur lequel je ne m’inquiète pas, précise-elle. Il y a une demande en hausse et très peu d’offre locale pour les produits laitiers de brebis, surtout bio. » Sa production ne suffira pas à inonder le marché…