Si depuis le début du confinement, certains agriculteurs ont pu confier leurs enfants à l’assistante maternelle ou faire jouer la solidarité familiale, d’autres vivent une situation stressante. Parents de deux garçons de 8 et 10 ans, Charles et Aurore Blary, éleveurs laitiers à Champagne-Mouton (Charente), ont vu leur quotidien bouleversé depuis le 17 mars. « C’est mon épouse qui fait majoritairement l’école aux enfants. Quand elle n’en peut plus, je prends le relais. On se partage le fardeau. Car cette activité demande du temps et occasionne de la main-d’œuvre en moins sur l’exploitation. Parfois, le soir, pendant la traite, nous les laissons seuls à la maison », raconte-t-il.

Allocation de remplacement

Dans l’Aveyron, à Almont-les-Junies, Pier-Paolo Zenoni et sa compagne, Victoria Deruy, sont éleveurs naisseurs d’ânes des Pyrénées. Ils ont trois enfants de 9, 5 et 3 ans et demi. « Depuis le confinement, Victoria ne peut plus faire son travail à la ferme, car nos enfants sont encore petits. La nourrice a refusé de les prendre. C’est ma conjointe qui s’occupe des devoirs. Pour nous, c’est la catastrophe. D’habitude, nous visitons régulièrement nos animaux. Là, c’est impossible. Que d’anxiété ! Lorsque j’attelle un outil, j’ai toujours peur que les plus jeunes sortent de la maison. » Cet adhérent de la Confédération paysanne milite pour que « le remplacement pour garde d’enfant des paysans soit pris en charge à 100 % ».

À l’heure où nous mettions sous presse, le cabinet du ministre de l’Agriculture indiquait qu’une allocation allait être mise en place. Elle ne devrait couvrir qu’une partie du coût d’une journée de remplacement. Face à cette annonce, Pier-Paolo observe : « J’ai appelé la MSA qui n’a pas encore d’informations. Cette aide nous en avons besoin dès à présent et pas dans trois mois. Aussi, j’envisage d’embaucher mon frère. Il est propriétaire d’un gîte sur le chemin de Compostelle qui est, du fait de la crise, fermé. Il est disponible du jour au lendemain. »

Le couple, qui propose des randonnées en âne l’été, autour du site de Conques, doit faire face tous les jours à des annulations de séjours. « 80 % de notre chiffre d’affaires, c’est le tourisme. Ce manque de visibilité nous inquiète. »

Catherine Yverneau