Gestion du salissement, fourniture d’azote, amélioration de la structure, développement de la vie du sol, les bénéfices agronomiques de la luzerne ne sont plus à prouver. Mais comment valoriser cette culture sans élevage ni usine de déshydratation ? Yves Vanhoecke, agriculteur bio dans l’Eure, a fait le pari de la production de foin. « Après le blé, la luzerne représente la meilleure marge de mon exploitation », nous confie-t-il. Et surtout, elle est le pilier agronomique de son système de production. Il vend sa production à un réseau d’éleveur qu’il a constitué au cours du temps.

Une récolte très technique

La principale difficulté de cette production réside dans la récolte, surtout quand on ne peut ni enrubanner, ni sécher la luzerne. Deux paramètres conditionnent la qualité de la récolte : la rapidité du temps de séchage et le non-effeuillage de la plante. Pour raccourcir la durée du séchage, Yves Vanhoecke fane une ou deux fois la récolte avant de l’andainer. Pour conserver les feuilles, l’agriculteur préconise de réaliser ces opérations avec une hygrométrie supérieure à 20 %, c’est-à-dire le matin. La deuxième coupe n’est d’ailleurs pas fanée car le soleil de l’été transformerait le fourrage en tabac et les feuilles tomberaient au sol.

Le pressage est une opération particulièrement complexe puisqu’il faut la réaliser quand la plante est ni trop sèche, ce qui l’effeuillerait, ni trop humide, ce qui entraînerait une fermentation au sein du ballot. L’idéal étant de presser la luzerne quand elle est entre 10 et 18 % d’humidité. Une sonde intégrée à la presse aide l’agriculteur à contrôler ce paramètre.

Et si l’eau arrive avant la fin de la récolte, le foin perd 50 % de sa valeur marchande. En plus de cela, Yves Vanhoecke doit recommencer les opérations de séchage depuis le début. Mais il préfère cette solution à l’enrubannage qui coûte cher et qu’il n’arrive pas à transporter et à vendre.

La luzerne, une solution magique ?

Tant par sa rentabilité que par ses bénéfices agronomiques, la luzerne paraît être une solution idéale pour une grande partie des exploitations céréalières, en bio comme en conventionnel. Mais Yves Vanhoecke rappelle que sa récolte en foin demande beaucoup de main-d’œuvre et surtout présente un risque important qui entraîne un vrai stress pour l’agriculteur. Mais fort de son expérience et de ses deux coupes ratées en 20 ans de carrière, Yves Vanhoecke n’arrêterait pour rien au monde cette production dont il est si fier.

R.H.