Au lieu-dit Le Liminbout, de la commune de Notre-Dame-des-Landes, se trouve l’exploitation agricole de Marcel et Sylvie Thebault. Pour y arriver en venant de Nantes, il faut s’enfoncer dans la « Zad » (zone à défendre). Le couple exploite une ferme laitière sur l’emplacement du futur aéroport et vit au quotidien avec la menace d’une expulsion définitive.

Pour Marcel Thebault, cette menace d’expulsion « est une épée de Damoclès de plus en plus lourde à porter ». Au-delà de l’aspect psychologique, elle a surtout influencé le couple dans les choix d’orientation stratégique de l’exploitation. Puisqu’il n’était pas possible d’investir dans de nouveaux bâtiments pour produire plus de lait, ils ont décidé d’intensifier l’élevage et annoncent aujourd’hui des vaches à 9 000 l/an.

Des effets collatéraux peuvent également surgir du fait de la localisation sur la Zad. Cette année, Marcel et Sylvie ne sont pas sûrs de pouvoir toucher leurs aides Pac, puisque leur présence au 31 décembre 2016 n’est pas assurée. En 2012, c’étaient les affrontements entre CRS et manifestants qu’il fallait gérer à proximité de l’élevage, avec parfois des intrusions des forces de l’ordre jusque devant la stabulation.

« Nos voisins » les zadistes

Quand ils évoquent leurs voisins, les exploitants parlent bien sûr des trois autres exploitations concernées par la menace d’expulsion avec qui ils mènent un combat commun. Ils évoquent également leur rôle dans la Cuma du secteur dont Sylvie est secrétaire, ou encore les exploitants hors de la zone qui attendent que l’aéroport soit lancé pour récupérer des terres, grâce à un projet de remembrement.

Finalement, Marcel évoque les zadistes dont les cabanes et caravanes sont visibles à proximité. Il parlera toujours d’eux en utilisant le terme « nos voisins ». Pour les exploitants, cette cohabitation est une chance. Ils expliquent que les occupants de la Zad apportent de la vie là où les maisons ont été détruites, qu’ils sont toujours disponibles pour donner un coup de main. Même s’ils n’ont pas les mêmes pratiques agricoles que leur « voisin », Marcel explique : « Individuel ou collectif, chacun est libre de mener son projet, tant qu’il s’inscrit dans la dynamique de la zone. »

Tanguy Dhelin