Agrisoleil Innovation, une société de conseil mutualiste en construction et exploitation de bâtiments solaires, a l’originalité d’être détenue par ses propres clients. Elle regroupe des agriculteurs afin de faire baisser les coûts de construction, de négocier les tarifs de revente de l’électricité et de mutualiser la gestion administrative.

« L’idée, c’est de faire porter à une société l’investissement d’un bâtiment solaire chez chacun des exploitants », explique Benoît Matthieu, directeur d’Agrisoleil Innovation. Concrètement, chaque année, une nouvelle société par action simplifiée (SAS) se fonde autour d’un groupe d’agriculteurs et construit un bâtiment pour chacun de ses membres.

Standardisation des bâtiments

Afin de faire un effet de masse sur les prix d’achats des bâtiments et de revente de l’électricité, les bâtiments sont tous les mêmes, ou presque. Plusieurs tailles ont été retenues et chaque agriculteur doit opter pour un de ces modèles, explique Jean-Pierre Michel, agriculteur et fondateur d’Agrisoleil Innovation. Les bâtiments sont tous orientés au sud et fermés sur trois côtés. L’aménagement intérieur et la fermeture éventuelle du quatrième côté restent à la charge de l’agriculteur.

Pas ou peu d’endettement de l’agriculteur

Autre intérêt majeur de ce système : c’est la SAS qui investit dans les bâtiments et qui se rembourse sur l’exploitation des panneaux pendant 20 ans. Un apport de 20 % du coût de la construction est cependant demandé à chaque agriculteur, ce qui limite son niveau d’endettement. La SAS intervient auprès d’établissements bancaires pour emprunter les 80 % restants, explique Benoît Mathieu. Seuls les bâtiments et leur production d’énergie sont mis en caution.

Benoît Mathieu devant l’onduleur d’un bâtiment photovoltaïque. © Renaud d’Hardivilliers/GFA

Un système 100 % détenu par les agriculteurs

Le directeur d’Agrisoleil innovation insiste : « Il n’y a aucun investisseur étranger dans cette société. » Agrisoleil Innovation est détenue à 100 % par les agriculteurs qui ont construit un bâtiment. Selon son président, le but est de garder la valeur ajoutée liée à la production d’énergie renouvelable au sein des exploitations agricoles et de ne pas la laisser partir dans des sociétés spécialisées. « Nous ne voulons pas de bâtiments pseudo-gratuits », martèle Jean-Pierre Michel.

Déléguer l’administratif

« Agrisoleil Innovation gère toute la partie administrative, qui est assez lourde. C’est une grosse épine du pied qui nous a été enlevée », explique Éric Breton, agriculteur à Bonnes, dans la Vienne. C’est la structure « mère » qui assure toutes les démarches auprès de l’État et d’EDF. Un point qui a incité beaucoup d’agriculteurs à franchir le pas.

Renaud d’Hardivilliers