Fabriquer du savon au lait de jument : est-ce du ressort de l’agriculture, du commerce ou de l’artisanat ? « J’ai navigué entre les trois chambres, se souvient Julie Letessier. Mais comme je produis le lait, c’est celle d’agriculture qui est compétente. » Elle a obtenu son numéro de Siret cet été, après quelques phases de découragement. « Le réseau Civam m’a toutefois beaucoup aidée et confortée dans l’idée qu’un projet de petite envergure peut être rentable. »

Au départ, elle voyait plus grand… La difficulté d’accéder au foncier a eu raison de son intention de ferme équestre. Elle élève donc trois juments shetland, une race miniature adaptée aux « petites parcelles biscornues », qu’elle a fini par acquérir - 3,5 ha en propriété et autant en prêt informel. Traire une jument n’est pas une sinécure. « On le fait trois fois par jour, cinq jours sur sept, sur six mois maximum, et on tire 1,5 l en pic de lactation. L’opération dure une demi-heure mais il y a beaucoup de manipulation autour pour gérer le poulain et éviter le stress qui fait cailler le lait… »

L’essai, l’an dernier, a été concluant : « En trayant une seule jument pendant trois mois, j’ai fabriqué 9 000 savons. Mon prévisionnel table sur 3 000 vendus la première année : j’ai de la marge. » Elle aimerait aussi, dès l’an prochain si possible, acheter d’autres animaux et accueillir du public.

La jeune femme est aujourd’hui double active. En plus d’un salaire, son travail extérieur lui apporte la couverture sociale que son statut de cotisante solidaire ne lui offre pas. Cette activité dans l’animation lui plaît suffisamment pour qu’elle souhaite y garder un pied. Mais elle sera agricultrice à titre principal au plus tard dans les trois ans : c’était l’une des conditions pour obtenir l’aide « Impulsion installation », proposée par la Région Normandie. « Celle-ci est plafonnée à 5 000 €, alors que la DJA s’élève à 25 000 €, compare Julie. Mais je ne voulais pas m’engager avec la DJA, car si mes chiffres s’éloignent du prévisionnel, je devrai rembourser. Or, j’ai très peu de références pour faire des calculs. »