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Travail en famille, comment partir sur de bonnes bases ?

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Plus de deux tiers des jeunes agriculteurs s’installent dans un cadre familial. © P. Bourdois

Frères, couples ou parent-enfant, les relations dans le travail doivent être évoquées à chaque changement dans la vie de chacun pour rendre la ferme durable.

La transmission par filiation reste prédominante en agriculture. En 2017, plus de deux tiers des jeunes agriculteurs aidés se sont installés dans le cadre familial. Sur plus de 600 000 actifs agricoles permanents, 70 % sont chefs ou associés d’exploitation, 8 % aides familiaux ou conjoints collaborateurs, et 28 % salariés, sans distinction de liens. Les statistiques s’arrêteront là. Il est difficile d’évaluer la part de liens de parenté dans la diversité des modes d’agriculture actuels, d’autant qu’à l’intérieur de chaque ferme, cette part de main-d’œuvre prend de multiples visages. Père-fils, en couple, entre frères ou sœurs, voire cousins.

« Le travail ensemble est marqué par une part importante d’affectif et de loyauté familiale, plus ou moins consciente », constate Cécile Foissey, spécialiste des relations au sein des exploitations agricoles. En agriculture, la parenté est au centre d’enjeux importants, où les vies personnelles et patrimoniales influent sur l’activité professionnelle d’un ou plusieurs membres de la famille. Des relations professionnelles tendues affectent directement l’ambiance des repas de famille.

« Ce qui va sans dire, va mieux en le disant »

L’exploitation agricole est le cœur d’un enjeu commun de réussite. L’engagement, souvent depuis l’enfance, est une force. « On y met du cœur, on en connaît l’histoire, le terroir, la génétique, poursuit Cécile Foissey. Cette volonté que “ça ne casse pas” crée une grande puissance de travail. Mais il ne faut pas croire que ces codes et valeurs partagés dispensent de reposer les choses. Ce qui va sans dire, va mieux en le disant. »

Les changements – mariage ou divorce, maladies, installations – sont l’occasion de refaire le point. Il faut partir du principe qu’on ne connaît pas tout de l’autre. La place des liens familiaux dans le travail à la ferme suivra ainsi l’évolution des vies de chacun. « Les accrochages, la fuite ou les silences permettent parfois de maintenir un équilibre précaire pendant des années et, un jour, un changement intervient et tout bascule, souligne Cécile Foissey. Les non-dits rongent les relations familiales. On se dit ce qui ne va pas, mais moins ce qui va, et encore moins qu’on s’aime, par pudeur… »

Place des générations

Une association entre frères et sœurs peut se dégrader lorsque les parents jouaient un rôle de régulation des conflits. Les pères ont parfois du mal à partager le pouvoir d’égal à égal avec leurs fils. Le jeune souhaite être reconnu comme adulte, le père comme celui qui a de l’expérience. « Il faut dire que les 50-60 ans se retrouvent souvent pris en sandwich entre leurs parents et grands-parents actifs très tard sur les exploitations et les jeunes qui veulent légitimement décider dès leur installation », illustre Cécile Foissey.

Pour la médiatrice, il faut surtout se demander si ce que l’on fait fonctionne. On peut être sans cesse en train de se disputer si personne n’en souffre et que cela permet d’avancer ensemble. Reste à vérifier. À chacun de se poser régulièrement la question pour savoir si la manière d’agir est toujours la plus adaptée à la situation d’aujourd’hui.

Pauline Bourdois

« Prendre sa retraite n’est pas anodin »

« On fait souvent croire que cela va être bien. En réalité, la retraite peut être vécue avec un sentiment d’inutilité, de dépossession. On est socialement moins reconnu. Le niveau des retraites agricoles accentue ce sentiment de mise à l’écart. Un futur retraité se sent souvent démuni face à ce qu’il doit faire de sa vie. Il est important de construire un vrai projet. Cinq années sont parfois nécessaires. Dans une transmission parent-enfant, il faut être précis sur ce que chacun attend de l’autre, fixer l’engagement et le prix à payer. L’aide d’un parent retraité est un avantage. Elle peut devenir un frein. Cela évite de faire face aux problèmes d’organisation du travail, par exemple. Ce n’est pas facile de passer le relais quand on est là tous les jours. »

Cécile Foissey, médiatrice et coach

à la chambre d’agriculture de Haute-Marne.

P. Bourdois
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Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !