Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Une unité de méthanisation multi-énergies

réservé aux abonnés

Méthalayou - Une unité de méthanisation multi-énergies
La centrale Méthalayou est multi-énergies. La cheminée de la chaudière biomasse est visible entre les 1 500 m² de panneaux photovoltaïques et le méthaniseur. ©  G. Baron

L’installation de méthanisation collective Méthalayou produit son électricité photovoltaïque et utilise une chaudière biomasse au service de l’injection de biométhane.

Chez Méthalayou, photovoltaïque et bois énergie se combinent à la méthanisation pour injecter du biométhane dans le réseau. Le bois alimente une chaudière pour l’hygiénisation des intrants, tandis que 1 500 m² de panneaux photovoltaïques fournissent l’électricité pour le site. Cette installation, située à Préchacq-Navarrenx (Pyrénées-Atlantiques), est l’œuvre de quinze exploitations familiales, toutes situées dans un rayon de 10 kilomètres, qui se sont réunies­ autour de ce projet depuis plus de dix ans.

La chaudière à bois déchiqueté alimente l’hygiénisateur en énergie. © G. Baron

L’électricité pour épurer

À l’aube de ce projet, une Cuma d’agriculteurs du territoire, qui s’est d’abord formée autour de la question de la gestion des effluents d’élevage. La méthanisation est sur la table dès 2007, sous forme de cogénération dans un premier temps. Méthalayou se réoriente finalement, au début des années 2010, vers la nouvelle voie de valorisation du biogaz : l’injection de biométhane dans le réseau. Une conduite de gaz de Teréga passe sur la zone.

Les intrants non-agricoles passent par la cuve d’hygiénisation avant de rejoindre le digesteur, en contribuant à sa montée en température. © G. Baron

« C’était une aubaine, précise Thierry Aurisset, agriculteur à l’initiative du projet, désormais dirigeant de Méthalayou SARL. Le gisement de gaz de Lacq est à une dizaine de kilomètres d’ici, et nous sommes sur la conduite d’acheminement vers Oloron-Sainte-Marie. » Le gaz y circule à une pression de 40 bars pour un débit de 350 Nm3/h. L’épuration du biogaz en biométhane et sa compression pour l’injecter dans la conduite demandent une grande quantité d’énergie, « c’est plus de deux tiers de la consommation énergétique du site, précise Thierry Aurisset. Dès le début, ce projet a été pensé pour être multi-énergies. »

La chaudière est actuellement alimentée par du bois acheté, mais cela pourrait évoluer à l’avenir. © G. Baron

Le bâtiment qui abrite intrants, digestats solides et divers matériels expose ainsi plein sud sa toiture de 1 500 m². L’installation photovoltaïque qui s’y trouve affiche une puissance de 260 kWc. La quasi-totalité de la production électrique est autoconsommée. L’épuration du biogaz représente environ 0,3 kWh/Nm3 de biométhane injecté », souligne le dirigeant. Quant à la compression, elle demande en permanence une puissance de 10 à 15 kW. Il faut y ajouter l’électricité nécessaire à l’incorporation des intrants, le mélange de la matière et son transport par différentes pompes. « Notre niveau de production électrique assure environ un tiers de la consommation du site. »

Les deux tours d’épuration et le point de compression du biométhane demandent beaucoup d’énergie. L’électricité photovoltaïque est autoconsommée et comble un tiers des besoins du site. © G. Baron

La biomasse pour hygiéniser­

Une troisième énergie est présente sur l’unité béarnaise, celle de la biomasse. Une chaudière à bois déchiqueté assure l’hygiénisation d’une partie des matières entrantes. Les 84 Nm3/h sont produits à partir de 12 000 t d’effluents d’élevage, 3 000 t de cive et issues de silo, ainsi que de biodéchets non agricoles qui sont hygiénisés avant incorporation. « L’utilisation de la chaudière biomasse pour chauffer le digesteur n’est pas autorisée, rappelle Thierry Aurisset. Mais la matière hygiénisée entre à 70 °C dans le digesteur et réchauffe par conséquent cette cuve. » En plus de réduire les risques sanitaires et d’améliorer le processus de méthanisation, l’hygiénisateur réduit le volume de biométhane autoconsommé pour atteindre 38 °C dans le digesteur mésophile.

Le bois est acheté pour l’instant, mais le collectif n’exclut pas l’idée d’une utilisation de bois local issu de leurs exploitations et du territoire sur lesquels elles se trouvent. Ces végétaux ligneux seraient alors broyés sur place et alimenteraient la chaudière. « C’était notre idée initiale, confie l’agriculteur dirigeant le site. C’est assez compliqué à mettre en place et nous avions d’autres priorités pour assurer la mise en route du méthaniseur dans de bonnes conditions. » L’objectif est d’abord de monter la production pour atteindre un rythme de croisière d’injection à 110 Nm3/h, mais cette idée continue d’être étudiée.

Gildas Baron

« Nous avons essuyé les plâtres »

L’aventure Méthalayou a connu plusieurs embûches depuis la naissance du projet. « Notre projet a démarré trop tôt et fini trop tard », regrette Thierry Aurisset. Le premier coup de pelle a été donné en 2014, mais la centrale n’atteindra son rythme de croisière que fin 2020. Le chantier a souffert de plusieurs malfaçons. Le maître d’œuvre de la partie maçonnerie en a commis, puis l’entreprise a été en faillite avant de pouvoir rendre des comptes. De son côté, le fabricant de l’épurateur a livré la machine, avant de connaître le même sort, sans mettre l’installation en route. « Nous avons essuyé les plâtres de la filière et rencontré plus de problèmes que l’on aurait pu l’imaginer », déplore Thierry Aurisset. Le premier incorporateur a rencontré des problèmes de fiabilité. Les différents modules du site n’ont pas été toujours bien assemblés et la complémentarité des pièces n’a pas été optimisée. L’implantation même du site a généré des problèmes de coûts et de durée de livraison, 30 m séparent la préfosse du digesteur avec une dizaine de coudes, et l’épurateur est à 100 m : « Il y a trop de canalisations et nous avons dû surinvestir en dispositifs de pompage. »

Le financement participatif pour plus d’acceptabilité

En plus des problèmes techniques rencontrés au fur et à mesure de l’avancée du projet, le financement a aussi été un point de crispation. « Au départ, il était prévu que nous apportions 150 000 € de fonds propres, explique Thierry Aurisset. Mais on nous demandait beaucoup plus. » Après avoir frappé à plusieurs portes, c’est finalement des citoyens qui sont montés au capital de la SARL. Une centaine de citoyens ont contribué, via l’organisme Énergie partagée, au financement. Après quelques appréhensions à l’idée de devoir rendre des comptes à des personnes extérieures au monde agricole, ils n’ont finalement aucun regret. « Nous avons su échanger de manière constructive. Ce financement participatif nous a apporté une dose précieuse d’acceptabilité. » Les 750 000 € de fonds propres ont finalement été investis à parts égales entre le collectif d’agriculteurs et Énergie partagée.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
En direct
Afficher toutes les actualités

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !