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« Nous liquéfions et valorisons le CO2 issu de la méthanisation »

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Metha Treil - « Nous liquéfions et valorisons le CO2 issu de la méthanisation »
Erwan Bocquier devant la première unité de liquéfaction de CO2 issu de méthanisation. Avec ses associés, il a investi dans ce système, installé par Verdemobil Biogaz, pour répondre aux besoins des maraîchers membres de la SAS. © G. Baron

La SAS Metha Treil regroupe des éleveurs et maraîchers sur une unité de méthanisation. Après épuration du biogaz, le biométhane est injecté dans le réseau, tandis que le bioCO2 coproduit est liquéfié et valorisé dans les serres.

La valorisation de coproduits ou de déchets en les réutilisant dans un cycle productif est monnaie courante dans le monde agricole. La SAS Metha Treil, basée à Machecoul (Loire-Atlantique) a bien compris l’importance de ce recyclage. Elle a ainsi installé une unité de méthanisation qui transforme des effluents d’élevage et des déchets verts en biogaz. Celui-ci est épuré et le biométhane est injecté dans le réseau gazier, mais le concept est ici poussé encore plus loin.

C’est dans ce conteneur que le dioxyde de carbone est compressé à 20 bars, puis refroidi à - 20 °C pour passer à l’état liquide. © G. Baron

Recyclé dans des serres

Il s’agit de la première unité en France où le CO2 coproduit est liquéfié sur place, puis recyclé localement dans des serres maraîchères. Le premier mètre cube de méthane a été injecté en décembre 2019, tandis que l’unité de liquéfaction du dioxyde de carbone est en fonctionnement depuis le mois de septembre 2020.

La liquéfaction n’était pas prévue initialement

Le projet d’unité de méthanisation animait depuis 2013 le Gaec du Treil, où Erwan Bocquier, Aymeric et Nelly Egonneau élèvent 150 vaches laitières, 200 taurillons et 70 vaches allaitantes. Ils se sont associés avec Dominique Pilet, un éleveur voisin, et Jean-François et Charles Vinet, associés du groupement maraîcher Vinet frères pour monter la SAS Metha Treil.

La SAS Metha Treil a une capacité d’injection de biométhane dans le réseau de 135 Nm3/h et de production de 1 600 à 1 700 tonnes de CO2. © G. Baron

« La valorisation du CO2 coproduit n’était pas envisagée à la base », confie Erwan. Il s’agissait simplement de méthaniser les déchets verts des maraîchers, les effluents d’élevage et quelques cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive). « C’est en 2018, au début des travaux, que l’idée nous est venue », poursuit l’éleveur. Les frères Vinet font partie des plus gros serristes de la région et ont une consommation importante de gaz carbonique. « Le problème, explique Erwan, c’est qu’il y a une très forte saisonnalité sur la disponibilité du CO2 en année normale (sans crise sanitaire). Il y a, en été, des festivals, des concerts, des événements sportifs, qui tirent très fortement à la hausse les consommations de soda et de bières pression. Il n’y a pas assez de dioxyde de carbone liquide pour fournir tout le monde, et les maraîchers n’en trouvent pas. » C’est pourtant en période estivale que la photosynthèse est la plus importante et que les besoins sont élevés.

Il a fallu investir dans un camion dédié au transport de CO2 liquide. Il faut 1 h 30 pour charger ou décharger les 18 tonnes de matière utile qu’il peut embarquer. © G. Baron

Les associés de la SAS Metha Treil ont donc contacté l’entreprise vendéenne Verdemobil Biogaz. Spécialisée dans l’épuration et la liquéfaction de biogaz, la société a installé ce système unique en France qui valorise l’innovation développée par l’École des mines de Paris et CryoCollect. Le biogaz est filtré par un système d’épuration membranaire. Le biométhane est injecté dans le réseau, tandis que le « gaz pauvre », constitué à 99 % de CO2, est compressé à 20 bars. Il se dirige alors dans un échangeur thermique pour que sa température chute à - 20 °C. Dans ces conditions de pression et de température, il passe à l’état liquide.

Plus de 1 500 tonnes/an

Il rejoint ensuite la tour de stockage qui a une capacité de 60 m3. « Elle n’est jamais remplie totalement, expose Erwan. Il faut toujours laisser un ciel gazeux, pour des raisons de sécurité. Nous ne remplissons pas à plus de 95 % du volume, soit 57 m3. » Dans cet état, le CO2 pèse 1 032 kg/m3, la quantité maximale stockable dans la tour atteint donc 58,8 tonnes. « À cette tour, il faut ajouter deux satellites de stockage qui ont une capacité de 30 m3 chacun, directement sur le site de consommation des serres. »

La tour de stockage de 11 m de hauteur peut contenir près de 60 tonnes de CO2 liquide. © G. Baron

La SAS Metha Treil a également investi dans un camion pour transporter le dioxyde de carbone (lire l’encadré). L’unité a une capacité de production de 270 Nm3/h de biogaz, dont 135 Nm3/h de méthane injecté. « Nous n’avons pas encore un an de recul, mais la production annuelle de CO2 est estimée entre 1 600 et 1 700 tonnes. »

Cela ne suffit pas pour répondre aux besoins du groupement maraîcher, qui en consomme environ 7 000 sur ses deux sites de production. Il achète le gaz liquéfié à la SAS à un prix fixe, qui correspond au prix moyen du marché. Le retour sur investissement est prévu au bout de neuf ans.

Gildas Baron

Un camion spécifique

L’investissement global comprend l’achat d’un camion pour le transport du CO2. « Cela coûte moins cher que si on devait payer un transporteur spécialisé à chaque fois, explique Erwan Bocquier. Par chance, le salarié de la SAS, en charge du méthaniseur, avait déjà son permis super-lourd et un certificat ADR (accord pour le transport de marchandises dangereuses par la route). » Le camion peut embarquer 18 tonnes de CO2 liquide. Il se charge et se décharge en 1 h 30. Cela peut varier légèrement selon la météo car il faut un équilibre entre les conditions de pression et de température entre les cuves.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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