Les sociétés Suez et Fermentalg ont lancé un partenariat pour créer une coentreprise spécialisée dans la valorisation du dioxyde de carbone (CO2) grâce à des microalgues produites dans un photobioréacteur. Le projet pourrait nettement améliorer la rentabilité des méthaniseurs qui épurent le biogaz.

L’entreprise payerait un loyer au producteur et lui achèterait le gaz qui est généralement rejeté dans l’atmosphère pour le moment. La biomasse d’algues produite pourra être utilisée à des fins phytosanitaires, de fertilisation ou d’alimentation animale, notamment pour les poissons. Un démonstrateur sera opérationnel dans les deux prochaines semaines en Gironde, dans les locaux de Fermentalg.

Puits de carbone

Le dispositif repose sur une production de microalgues dans une eau enrichie en nutriments et éclairée par Led. Ce processus fait appel à la photosynthèse et consomme donc du CO2. François Godart, responsable de la plateforme de microbiologie de Fermentalg et chef du projet, explique que ce dispositif est pensé pour de nombreux équipements industriels.

« Ce système est pensé pour la captation de CO2 de toutes origines. Il peut s’agir de la méthanisation agricole, de station d’épuration ou de toute industrie qui rejette du dioxyde de carbone. La méthanisation présente l’intérêt d’une très bonne traçabilité. »

Un démonstrateur de 10 m3 est en phase de finalisation et sera opérationnel d’ici au mois de mars. Il devrait ensuite être testé sur un site de méthanisation agricole où il récupérera le CO2 directement issu de l’épurateur.

Production d’intrants agricoles

Les microalgues produites pourront être utilisées sous des formes variées, notamment dans le monde agricole. Il serait ainsi possible de s’en servir à des fins de biocontrôle. « Nous menons des recherches poussées sur l’activité biologique des microalgues, explique François Godart. Elles peuvent avoir des propriétés fongicides utilisables en vigne par exemple. Elles ont aussi la capacité de stimuler les défenses immunitaires des plantes. »

Le chef de projet évoque également un effet de boost sur la fertilité biologique des sols et des applications alimentaires. « Il peut s’agir d’alimentation humaine ou animale, poursuit-il. L’aquaculture est particulièrement ciblée car ces algues produisent des oligoéléments prisés dans la production piscicole. »

Achat du CO2 et location du terrain

Suez et Fermentalg ont réfléchi à un modèle économique qui ne coûterait rien aux producteurs de biométhane. « L’idée serait de louer l’espace occupé sur le site de méthanisation et d’acheter le CO2 produit, qui est jusqu’à présent rejeté dans l’atmosphère. Une participation aux frais d’entretien et de maintenance des unités est également envisagée. »

Le projet est prometteur et l’entreprise Fermentalg connaît un fort développement avec le lancement commercial récent d’un puits de carbone à destination des aires urbaines. Cette solution repose aussi sur la culture d’algues en photobioréacteurs. Elle débarrasse l’atmosphère du CO2 mais aussi des particules fines et des NOx.

Gildas Baron