Lorsqu’une technologie accessible, simple et robuste peut faciliter une astreinte quotidienne, il ne faut pas s’en priver. Pierre Robert a cela en tête tous les jours lorsqu’il utilise le chariot électrique fabriqué par son père Laurent à la fin des années 1980. Cette machine lui sert à distribuer le foin pour ses 45 vaches laitières élevées en agriculture biologique à Ronel, dans le Tarn. « J’avais vu un modèle de chariot à foin sur une foire agricole vers Paris, se souvient Laurent, qui a aujourd’hui 90 ans. Je me suis dit que je pouvais en faire un, mais avec un moteur. »

Pour manier ce chariot, un manche est relié à l’essieu avant pivotant. Un petit boîtier muni de boutons en commande l’avancement. C’est également ici que se trouve la prise du chargeur de batterie. © G. Baron/GFA

Un châssis à quatre roues

En revenant dans le Sud, il s’est empressé de fabriquer sa propre machine. La réalisation de Laurent est composée d’un plateau, de la taille d’une balle. Il repose sur un châssis à quatre roues. Les deux de devant sont jumelées sur un pivot, dirigé par une poignée. Un boîtier situé à ce niveau comprend deux boutons qui font avancer ou reculer la machine. L’essieu pivotant et la pos­sibilité­ d’aller dans les deux sens de marche­ confèrent une bonne maniabilité à la machine. Le plateau est à bonne hauteur pour décharger le foin à la fourche­ sans effort.

La structure et les éléments mécaniques de l’engin sont presque tous issus de vieilles automobiles. © G. Baron/GFA

Cet engin sorti de l’atelier de Laurent est un assemblage de nombreux matériaux et éléments de récupération notamment issus d’automobiles. Le châssis vient d’une 2 CV. La motorisation est assurée par une dynamo de voiture. Laurent a inversé son sens de fonctionnement­ pour en faire un moteur. Le boîtier qui gère le sens d’avancement et le différentiel proviennent d’un véhicule sans permis. Laurent a ensuite ajouté un démultiplicateur fait maison pour que la vitesse d’avancement soit celle d’un homme qui marche. « À l’époque, c’était plus difficile de trouver un variateur que maintenant, sourit le retraité. Ça aurait simplifié cette régulation de vitesse. »

Le chariot avance à la vitesse d’une personne qui marche. Il permet à Pierre de distribuer le foin rapidement en limitant l’effort physique nécessaire. © G. Baron/GFA

Une semaine d’autonomie

« Il faut compter une nuit pour recharger la machine, grâce à un petit chargeur de batterie branché directement sur le 220 V, explique Pierre. J’ai une semaine d’autonomie de distribution de foin. Quand les températures sont froides, cela peut tomber à quatre jours. »

Ce petit matériel, qui a plus de trente ans et n’a presque rien coûté, continue d’occuper une place importante au sein de la ferme. Chaque jour, Pierre distribue le fourrage sec sans effort, en quelques minutes. « Le foin compose la moitié de ma ration hivernale. Et comme on le dit ici, nous avons deux hivers sous ce climat : un hiver d’hiver et un autre en été, où rien ne pousse non plus. »

La machine a évolué en fonction des besoins de l’exploitation. « Aujourd’hui, je travaille avec des bottes carrées, précise Pierre. Mais avant, il s’agissait de balles rondes. Le plateau était alors de forme circulaire et tournait sur lui-même pour dérouler les bottes, grâce à un axe qui était couplé à l’avancement. »

Gildas Baron