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« J’ai réalisé mon séchoir à bottes de foin »

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Le séchoir couvre une surface de 30 m de long sur 4 m de large et dispose d’un auvent. © I lejas.

Le dispositif fabriqué par Régis Desaize permet de sécher des balles entières grâce à l’air chaud récupéré sous la toiture de sa chèvrerie.

«Installé le long du bâtiment, le système peut sécher 26 bottes de foin à la fois grâce à la chaleur accumulée sous les tôles, complétée par une chaudière au fioul en appoint si besoin », explique Régis Desaize, producteur de lait de chèvres à Trémeheuc (Ille-et-Vilaine). L’idée lui est venue en isolant son ancienne stabulation à génisses pour y accueillir des chèvres. « Comme je voulais alimenter mes animaux avec du foin de qualité, je me suis dit qu’il fallait vraiment récupérer cette chaleur. »

Après quelques recherches sur internet sur des dispositifs existant, trop cher à son goût, il trouve sur Le Bon Coin un ventilateur (30 000 m3/heure) et une chaudière à fioul (150 kW) d’occasion. Restait à concevoir les plans, ce qui lui a pris six mois.

Chaleur du soleil

L’objectif est de drainer l’air chaud en souterrain. Il a créé un tunnel en parpaing (70 cm × 70 cm) couvert par une plate-forme étanche qu’il a isolée hermétiquement en remblayant avec de la terre végétale uniquement (anaérobie). Il a percé 26 trous (13 de chaque côté du batiment), sur lesquels il a coulé un socle en béton avec une rehausse de 15 cm. Cette dernière offre un meilleur séchage et évite à la balle de s’affaisser. Une porte dans le tunnel permet de chauffer séparément chaque côté.

L’air chaud sous le toit est aspiré par le ventilateur situé au milieu du bâtiment. « J’ai laissé des arrivées d’air en pignon. » Ainsi, l’air se charge tranquillement en chaleur entre les tôles et l’isolation. « L’idéal est d’avoir 35 °C à l’entrée du ventilateur. Mais sous les tôles noires et translucides, on monte facilement à 10 °C de plus que la température extérieure. » Si elle n’est pas suffisante (50 °C constant), il utilise la chaudière au fioul en complément.

Technique maîtrisée

Pour s’assurer un foin de qualité, Régis met toutes les chances de son côté. Les bottes de foin sont mises au séchoir sitôt le pressage qui, pour cette raison, est délégué à l’ETA ou à la Cuma. Il faut compter 48 à 72 heures entre le fauchage, le fanage et l’andainage. Le foin arrive à 75 % de MS. La coupe est faite très haute (15 cm) et le fanage effectué à petite vitesse. Lors de l’andainage, grâce à un système de déflecteur, l’agriculteur divise l’andain en deux pour une meilleure circulation de l’air chaud dans la botte sur le séchoir. Le séchage d’une balle nécessite 24 heures, 12 heures dans un sens et 12 heures dans l’autre.

Le pressage est tout aussi important. « Il faut un round baller qui puisse faire varier la pression pour qu’elle soit forte au centre (190 bar) et moindre à l’extérieur (60 bar) de la botte. L’objectif est de produire de l’herbe avec un taux de MS très important dès la fauche. J’y arrive en minéralisant au printemps et en apportant du lisier à l’automne. »

L’investissement représente au total 5 500 € HT, comprenant ventilateur et chaudière (4 300 €), les matériaux et les travaux de maçonnerie réalisés en autoconstruction. Démarré en juin 2017, le séchoir tourne de mai à septembre. « Il me faut du soleil et de la matière sèche pour que le système fonctionne », résume Régis. « Le coût de l’énergie me revient à 1,50 € par botte d’électricité et 6 € par botte de fioul, calcule l’agriculteur. J’utilise la chaudière pour les premières coupes, puis l’énergie solaire suffit pour les suivantes. C’est moins cher que l’enrubannage. » Lors de la saison 2018, il a consommé 1 000 litres de fioul. Le principal inconvénient du système reste la main-d’œuvre. Il faut compter 40 minutes pour 26 bottes à retourner.

Cette année, il a installé un auvent pour protéger le fourrage des intempéries (3 800 €). Son objectif est d’agrandir le séchoir pour passer de 13 à 20 bottes de chaque côté, car le ventilateur dispose d’une puissance suffisante.

Texte et photos Isabelle Lejas

Régis Desaize est à la tête d’un troupeau de 300 chèvres laitières sur 80 ha, avec 10 ha blé, 20 ha de méteil, 30 ha de trèfle, et le reste en prairies multi-espèces. © s
La surveillance de l’hygrométrie est primordiale. © I lejas
Le ventilateur aspire l’air chaud provenant du dessous de la toiture et l’envoie dans le tunnel souterrain. © I Lejas
Les bottes sont posées sur un socle rehaussé de 15 cm sous lequel arrive l’air chaud. © I Lejas
L’agriculteur a investi dans une pince munie d’un système pour retourner les bottes (3 800 €) afin d’éviter de les percer. © I Lejas
L’investissement dans le matériel de fenaison (faucheuse de 3,50 m, faneuse et andaineur de 7 m) représente 24 000 €. Il a été subventionné à hauteur de 25 % dans le cadre du PCAEA. © I Lejas
Un fourrage de qualité

Grâce à cette technique, le foin est de très bonne qualité. « Croquant, odorant, très fibreux, très cellulosique. Les chèvres se jettent dessus. Il n’y a pas de poussière à l’auge », apprécie l’éleveur. Les résultats d’analyses du mois de mai (RGH, fléole des prés, trèfle blanc géant, trèfle de perse, violet et hybride) donnent 14,7 de MAT et 0,70 UFL/kg de MS. Autre intérêt des bottes : Régis va vendre du foin à d’autres éleveurs notamment en bio, puisque l’exploitation est en cours de conversion.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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