À l’EARL de La Janaie, à Montreuil-le-Gast (Ille-et-Vilaine), connue pour sa marque « Le P’tit Gallo », le méthane ne s’échappe plus de la fosse à lisier. Il est désormais valorisé pour réduire d’un tiers la facture électrique de l’exploitation.

Yves a rejoint ses parents sur la ferme laitière en agriculture biologique il y a dix ans. Il a alors démarré une activité de transformation sous forme de yaourts. Au départ, 10 000 l y étaient consacrés. à présent, 90 % de sa production, soit 400 000 l, sont traités sur place. L’exploitation emploie douze personnes sur une SAU de 94 ha pour 80 vaches laitières, nourries à partir des terres. Yves a fait de l’autonomie une priorité. Son objectif est de s’en rapprocher pour l’énergie, dont le laboratoire de transformation est demandeur. Il a ainsi installé 650 m² de panneaux solaires et une unité de microméthanisation Nénufar cette année.

Récupération de biogaz

Le procédé Nénufar consiste à couvrir une fosse à lisier existante. Le principal intérêt est la récupération de biogaz. En temps normal, le méthane produit est libéré dans l’atmosphère, où il constitue un gaz à effet de serre. Il est ici piégé et acheminé vers une chaudière à gaz. Installée dans un conteneur aménagé par Nénufar, celle-ci est équipée d’un brûleur particulier, qui a la spécificité de traiter soit ce biogaz, soit du propane. Auparavant, la chaleur nécessaire à la valorisation du lait était d’origine électrique. Désormais, la chaudière est prioritaire. Un capteur évalue le biogaz en stock. S’il n’y en a pas assez, le photovoltaïque prend le relais. Si le soleil ne brille pas, c’est le propane du réseau qui est utilisé.

« L’an dernier, la facture énergétique dépassait 30 000 €. Le prix de l’énergie monte, je veux limiter cette charge. En système pâturant, mes vaches sont au pré huit à dix mois par an, et je ne voulais pas mettre de cultures en digesteur. La méthanisation “classique” était inenvisageable. J’ai entendu parler du procédé de Nénufar, j’ai adhéré tout de suite au concept. Nous avons étudié la faisabilité avec l’entreprise. Depuis le mois de mai, ma consommation a baissé de 30 % et il n’y a pas eu de période hivernale où les vaches sont en bâtiment. Le dispositif a coûté environ 100 000 €. Il devrait être amorti en sept à huit ans », espère Yves.

La bâche reste toujours bombée, afin d’évacuer l’eau via une pompe. Ce qui améliore la capacité de stockage de la fosse en empêchant la dilution par la pluie. Elle évite également la libération d’ammoniac, préservant l’azote dans le lisier et limitant l’émission d’odeurs.

Le premier nénufar carré

En cinq ans, l’entreprise française Nénufar a mis en service une quarantaine d’installations. Jusqu’ici, elles étaient implantées sur des fosses rondes à bords droits. C’est la première réalisation sur fosse carrée à bords en pente et géomembrane. Un système de câbles tendeurs permet au boudin de flottaison de rester droit et d’éviter un « effet banane ». Sans cela, le boudin pourrait changer de forme en fonction du remplissage de la fosse et de la poche de gaz. Le niveau de production et la durée de vie du dispositif auraient été réduits.

La chaudière à gaz n’est pas le seul moyen de valoriser le méthane récupéré. Il peut l’être à l’aide de radiants à gaz, et même avec un moteur de cogénération. Les premiers du genre, d’une puissance de 32 kW, seront bientôt mis en service.

Gildas Baron

Yves a vu la facture d’électricité de son exploitation baisser d’un tiers. © G. Baron
Le conteneur installé par Nénufar est situé à côté du laboratoire de transformation,à 60 mètresde la fosse.
La chaudièreest installée dansle conteneur. Son pilotage peut être automatiqueou manuel.
Piégé dans la fosse à lisier couverte, le méthane est acheminé vers une chaudière à gaz.