«Quelque 80 de nos 100 ha ont été ravagés par les inondations au printemps. Ça n’était pas seulement une catastrophe climatique. La gestion des barrages de la Seine est telle que nos terres sont volontairement inondées pour préserver Paris. Nous sommes un réservoir gratuit car nous ne touchons aucune indemnité. Nous avons besoin d’un fonds de garantie, sinon, comment nourrir nos animaux avec des terres saccagées ? Prairies, betteraves, orge, blé, colza, ensilage de maïs… Nous n’avons pas touché un centime pour couvrir nos pertes. Nous avons fauché 80 balles de luzerne, contre 400 d’habitude. Mais elles sentent la vase, les bêtes préfèrent encore manger de la paille. Trois agriculteurs nous ont donné des fourrages. Sans leur générosité, jamais nous n’aurions surmonté cette catastrophe. Nous avons une trentaine de mères charolaises, soit une petite centaine d’animaux sur l’exploitation. Quand l’eau est montée, il a fallu les rapatrier sous les stabulations. Il faut de la paille, du foin. C’est aussi plus de temps de travail que lorsqu’ils sont à l’herbe, d’autant que l’eau léchait les bâtiments. Comme nous ne pourrons pas nourrir tout le monde cet hiver, nous nous séparons d’un tiers du cheptel.

Déjà en 2013, nous avons été victimes des eaux. Mais dans une moindre mesure, et plus tôt en saison. Surtout, la situation économique sur les marchés était différente. Les cours de la viande, largement plus hauts qu’aujourd’hui, nous avaient permis d’assurer un minimum notre trésorerie. Cette année, avec des broutards à 2,20/kg, nous sommes dans le rouge. Les vaches ont perdu 1 €/kg en un an. Heureusement que nous avons un salaire à l’extérieur pour vivre. Nos nerfs lâchent, nous sommes fatigués, physiquement et moralement. Nous avons tout essayé pour faire entendre notre détresse. Début juillet, nous avons eu la visite de Xavier Beulin de la FNSEA, des politiques de la région, de Paris, du ministère de l’Ecologie, les banques… Nous n’avons jamais eu de retour. Et nous vivons avec la peur que tout recommence.