« J’ai souvent imaginé qu’un accident pouvait m’emporter… Mais je ne veux pas que ma femme et mes trois enfants pâtissent de tout ça. En ramenant mes problèmes à la maison, je leur en fais déjà assez baver.

Je suis très en colère. Je suis victime du système agricole, avec une dette cumulée de 350 000 euros à ce jour. Je suis condamné à la payer si je ne veux pas tout perdre. La famille vit sur le salaire de ma femme, qui travaille à l’extérieur.

Depuis 2012, je suis en redressement judiciaire. J’ai pris perpétuité. Cinq ans plus tôt, alors que mon frère conservait la partie grandes cultures de la ferme familiale, j’ai repris l’atelier caprin, hors sol. Si tout se passait bien au début, j’ai commencé à basculer dans le rouge en 2008, avec un prix de l’aliment qui a doublé, puis des droits à produire sur mon volume de lait qui ont baissé. Rapidement, je n’ai pas pu payer mes fournisseurs, puis la MSA, l’électricité, l’eau, les prêts… Je me suis retrouvé à boucler trois années avec des EBE négatifs sévères. J’ai alors initié ma demande de remise en redressement.

Je ne comprends pas comment on a pu me laisser m’endetter autant. Et jusqu’à quand ça va durer ? Parce que j’en fais encore les frais : lettres de relance, société de recouvrement… Je voudrais que les banques m’expliquent. Tout comme la coopérative et la MSA qui m’a collé un contrôle alors que je suis en négatif depuis des années. C’est de l’acharnement.

Ma situation fait évidemment jaser. Mais ceux qui sont en difficultés viennent me voir et se confient faute de soutien. Une personne m’a notamment fait part de son mal-être, j’ai appelé le directeur de la DDT qui a appelé lui-même les assistantes sociales de la MSA. On a appris que la situation de cette personne était connue, mais qu’elle n’avait pas été suivie… C’est à vomir. On est toujours seul dans la tourmente. Heureusement, le film d’Édouard Bergeon Au nom de la terre fait bouger les choses. Il faut aller plus loin désormais pour que des situations comme la mienne se dénouent. »