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Du plastique à base de lait

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Les granulés thermoplastiques sont transformés sur toute la filière de la plasturgie. © Photos : Lactips

La jeune entreprise française Lactips a mis au point des emballages biodégradables à partir de caséine de lait. Ces emballages alternatifs sont solubles… et même comestibles.

«Au départ, je n’ai pas vraiment cherché à développer des emballages plastiques », se souvient Frédéric Prochazka, enseignant-chercheur à l’université Jean-Monnet, à Saint-Étienne (Loire), et cofondateur de Lactips. Embauché en 2000 pour travailler sur les matières plastiques, il commence à s’intéresser aux biomatériaux et biopolymères en 2007. La caséine, une protéine du lait, attire son attention. Utilisée dans différents secteurs (lire l’encadré ci-contre), elle a un comportement de type plastique. « Une fois que l’on a réussi à obtenir­ des granulés thermoplastiques, on a essayé de créer des films, des pastilles, des plaques… On s’est aperçu que c’était un matériau qui peut faire beaucoup de choses », rapporte le chercheur, qui a déposé un brevet en 2010, puis a cofondé Lactips.

Inventer de nouveaux produits­

La caséine, achetée sous forme de poudre, est placée dans une extrudeuse. De l’eau et de la glycérine (un plastifiant végétal) sont ajoutés. Il en sort des granulés plastiques qui peuvent être retransformés. Ces derniers sont composés à 60 % de caséine et à 40 % d’eau et de plastifiant.

La première application de ce produit fut les emballages des tablettes de lave-vaisselle. Jusqu’à présent, un polymère issu du pétrole était utilisé. Lactips a mis au point un équivalent biodégradable.

La caséine étant comestible, des débouchés potentiels importants peuvent aussi être envisagés dans le secteur agroalimentaire. « C’est plus compliqué d’aller vers du comestible. Non seulement il faut des installations qui répondent aux normes alimentaires dans l’usine de production mais, surtout, il faut inventer de nouveaux produits. Pour le cas des détergents, il suffisait de remplacer le matériau », estime Frédéric Prochazka. Il imagine, par exemple, des colorants ou ingrédients dont l’emballage se dégradera dans la préparation. « Nous sommes encore en phase de validation du concept. »

La société a récemment réalisé une levée de fonds importante : 13 millions d’euros, destinés notamment à la création d’une usine. Jusqu’à présent, l’entreprise produisait environ 100 tonnes par an de matière plastique. La capacité de production devrait rapidement augmenter.

Léna Hespel

Exemple d’emballage pour le marché de l’agroalimentaire.
La France, forte productrice de caséines

Les caséines sont des protéines présentes dans le lait. Elles sont utilisées dans de nombreux secteurs alimentaires (fromages fondus, charcuterie-salaison…) et non alimentaires (colles, revêtements…). On distingue les caséines présures (obtenues par coagulation à la présure) et les caséines acides (obtenues par précipitation acide). En ajoutant des sels (calcium, sodium ou potassium, par exemple) aux caséines acides, on obtient les caséinates. Solubles, ce sont elles qui sont employées par Lactips pour fabriquer du plastique.

Les principaux producteurs de caséine européens sont la France et l’Irlande. Ils sont aussi des exportateurs importants. Selon l’interprofession laitière (Cniel), en 2015, la France a produit 45 000 tonnes de caséines et caséinates, et en a exporté plus de 43 000 tonnes.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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