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Du gluten sans danger pour les cœliaques

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Les gènes d’une variété de blé sont modifiés pour rendre le gluten inoffensif pour les cœliaques. © Stéphane Leitenberger

Depuis quelques années, des variétés de blé sans danger pour les personnes atteintes de la maladie cœliaque sont développées en laboratoire.

La maladie cœliaque, une réaction immunitaire au gluten, touche environ 1 % de la population mondiale. Elle est déclenchée par de courtes séquences d’acides aminés – appelés épitopes – présentes dans le gluten. Chez certaines personnes, après une ingestion de ce dernier, ces épitopes traversent la paroi intestinale et déclenchent une réaction immunitaire. « Certains individus vont reconnaître des épitopes comme étant immunogènes, d’autres en identifieront des différents, et d’autres n’en discerneront aucun », explique Aurélie Joignent, qui a consacré sa thèse à l’élaboration d’un blé débarrassé de ces épitomes immunogènes (à l’université de Wageningen, aux Pays-Bas) (1).

Un travail de longue haleine

À l’image des travaux d’Aurélie Joignent, plusieurs équipes de scientifiques cherchent à modifier les gènes du gluten pour le rendre inoffensif, tout en gardant ses propriétés, comme sa viscoélasticité, intéressantes en particulier dans la fabrication du pain.

Pour y parvenir, la technique Crispr/Cas, les « ciseaux moléculaires », est utilisée afin de transformer avec précision les gènes qui codent les épitopes immunogènes. C’est un travail de longue haleine car le blé possède un génome hexaploïde (chaque chromosome a 6 copies). « Le génome du blé est complexe. Et il y a tellement d’épitopes qu’on ne les connaît pas tous. Cela risque de prendre du temps de tous les éliminer », estime Brigitte Jolivert, présidente de l’Association française des intolérants au gluten (Afdiag).

Vers une commercialisation d’un blé « gluten-safe » ?

En Europe, un tel blé ne pourrait pas, pour l’instant, être commercialisé car les plantes obtenues sont considérées comme des OGM, contrairement aux États-Unis (lire encadré). « D’après moi, les États-Unis auront une variété de blé sans danger pour la plupart des patients atteints de la maladie cœliaque d’ici à environ cinq ans », apprécie Aurélie Jouanin. En effet, l’entreprise américaine Calyxt, qui commercialise déjà du blé enrichi en fibre obtenu grâce à la technologie Crispr/Cas9, travaille sur le développement d’un blé « gluten-safe » via cette technique. Par ailleurs, une équipe de chercheurs espagnols a réussi, avec la même méthode, à diminuer de déjà 85 % l’aspect immunogène du gluten d’une variété de blé (2).

« Il faudra que ce blé avec gluten mais sans danger soit bien étiqueté », avertit Brigitte Jolivet, pour que les cœliaques s’y retrouvent.

Léna Hespel

(1) Édition de gènes visant à établir des protéines de gluten hypoimmunogènes sur le blé, janvier 2019 (en anglais). (2) Équipe du Dr Francisco Barro, chercheur à l’Institut pour l’agriculture durable en Espagne.

OGM ou pas OGM ?

Pour avoir une variété de blé « gluten safe », l’utilisation de Crispr/Cas 9 est couplée à une étape transgénique. Et, même si le blé obtenu au final n’est pas transgénique, la variété est considérée comme un OGM (organisme génétiquement modifié) en Europe. A contrario, « les États-Unis ont décidé de baser leur réglementation sur le contenu de la plante finale, et non sur le procédé utilisé pour produire cette plante », précise Aurélie Jouanin. Donc, la variété de blé en question ne sera pas considérée comme un OGM par la législation américaine. Ainsi, a priori, « un Européen ayant la maladie cœliaque pourrait consommer du pain préparé avec du blé contenant du gluten dépourvu d’épitopes immunogènes lors d’un voyage aux États-Unis, mais ne pourrait pas rapporter ce produit en Europe. Et cette dernière ne pourrait pas importer ni commercialiser ce produit, n’ayant été soumis aux tests OGM nécessaires à son autorisation par l’Union européenne », poursuit la chercheuse. De plus, les OGM testés autorisés à l’importation en Europe sont majoritairement pour l’alimentation animale. »

On pourrait imaginer qu’une variété de blé « gluten safe » fasse l’objet d’une autorisation spécifique, mais elle serait étiquetée comme un OGM lors de sa commercialisation. Un blé non transgénique mais considéré comme un OGM ? « Ce sera difficile à expliquer aux patients », ironise la présidente de l’Afdiag.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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