Dans une logique de production écologiquement durable, les scientifiques recherchent de nouvelles solutions plus respectueuses de l’environnement. En particulier, certains chercheurs se penchent depuis quelques années sur les pesticides à ARN, un domaine de recherche très actif.

Chaque être vivant, plante ou insecte, stocke son information génétique dans ses cellules sous forme d’ADN. Ce dernier est ensuite traduit en protéines via les ARN messagers. Or, il suffit d’introduire dans les cellules de petits ARN double brin identiques à l’ARN messager pour bloquer l’expression génétique, rendant silencieux un gène.

Empêcher la fabrication de la protéine

En effet, ces ARN interférents (ARNi) viennent se coller à l’ARN messager pour empêcher la fabrication de la protéine. Cette situation peut se produire naturellement. Une plante peut par exemple fabriquer elle-même des ARNi pour se défendre lorsqu’elle est attaquée par un virus. L’idée des chercheurs est de reproduire ce phénomène, afin d’éliminer des ravageurs ou maladies d’une culture. Par exemple, pour se débarrasser d’un insecte, on peut empêcher l’expression d’une protéine vitale à son métabolisme.

C’est précisément ce sur quoi ont travaillé des chercheurs de l’Université estonienne des sciences de la vie, de l’Université de Gand et de l’Université de Maastricht, en utilisant le colza (Brassica napus) et un coléoptère (Brassicogethes aeneus) comme système modèle. Un spray contenant de l’ARN double brin (ARNdb) est vaporisé sur les fleurs de colza. Cet ARN vise un gène vital de l’insecte. Lorsque ce dernier vient se nourrir, il ingère l’ARNdb et meurt.

En ciblant une protéine spécifique d’un insecte donné, cette technique permettrait d’être sélective d’un ravageur et de ne pas toucher le reste de la faune.

Des points à améliorer

Cependant, il existe quelques limites à cette méthode. En particulier la possibilité que l’ARNdb appliqué de manière exogène ne puisse pas rester stable pendant de longues périodes dans des conditions extérieures naturelles. De plus, l’efficacité de l’absorption de l’ARN reste à améliorer, via des coformulants. C’est pourquoi certaines équipes de recherche s’attèlent à développer des plantes qui produiraient elles-mêmes ces ARN interférents (lire l’encadré). Cependant, « les restrictions actuelles empêchent l’utilisation agricole des ARNi dans les pays de l’Union européenne. Cela pourrait toutefois changer à mesure que notre compréhension des impacts de cette nouvelle technologie s’améliore », estiment les chercheurs dans leur publication.

Léna Hespel