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Viser la couverture du sol en bio

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Hu © f.melix

Après son passage au strip-till en 2008, Christophe de Lamarlière est revenu au labour lors de la conversion en bio de la ferme en 2010. Petit à petit, il a repris le chemin des techniques culturales simplifiées grâce aux associations d’espèces et aux doubles cultures.

Il y a dix ans, nous avions déjà rencontré la famille de Lamarlière pour un reportage sur leur passage au strip-till. Christophe réfléchissait à convertir la ferme en bio. Et cela faisait déjà dix ans qu’il y pensait. « Une décennie pour m’imaginer qu’on pouvait produire autrement sur une grande surface », se souvient-il. Il a finalement franchi le pas en 2010.

Il a troqué le semoir direct et le strip-till contre la charrue, la bineuse et la herse étrille. Sa rotation blé-soja-tournesol a laissé la place à un assolement d’une douzaine de cultures, dont certaines associées : 140 ha de soja, 80 ha de blé tendre (plusieurs variétés anciennes et récentes), 75 ha d’orge d’hiver, 68 ha de lin graine, 43 ha de courges pour les graines, 35 ha de luzerne, 18 ha de pois chiches, 15 ha d’avoine et autant de petit épeautre, 13 ha de lentilles et 1 ha d’asperges. La lentille est associée à la cameline ou à l’orge, le blé et l’avoine à la féverole, et l’orge au pois.

Les avantages de ces associations sont multiples : éviter le salissement, servir de tuteur, maintenir la fertilité azotée du sol, améliorer le taux de protéines… Afin de les diversifier et de les vendre, le producteur a investi en 2013 dans une installation de stockage de 1 000 t avec sept silos, un pont-bascule, une cellule de chargement, un séchoir et un trieur rotatif, pour 350 000 € (voir infographie). « En 2017, nous avons investi dans plusieurs petits trieurs pour 200 000 €. Aucun mélange ne nous résiste pour le moment ! », s’amusent, complices, Christophe et son fils Hugo. Tout ce qui est produit est trié, quitte à le remélanger afin de vendre des proportions demandées par les éleveurs. « Comme nous réalisons notre propre semence, précise l’agriculteur, nous portons une attention particulière au tri, qui permet d’enlever les graines d’adventices et l’ergot. Nous faisons également analyser nos grains pour nous assurer de ne pas polluer nos terres avec la carie. »

Ainsi, une dizaine d’années après la conversion en bio de la ferme, « le bilan est positif vis-à-vis de la production de produits plus sains, d’une moindre pollution de l’eau et du sol. Cependant, ce dernier est encore trop travaillé et trop souvent découvert. On doit encore réfléchir à cet aspect avec l’aide de notre Ceta Agrod’oc et des ingénieurs spécialisés en bio et en TCS », estime-t-il.

Son système en TCS était abouti mais dépendait du glyphosate. Aujourd’hui, cela nécessite de l’énergie pour travailler le sol. Même s’il n’utilise plus la charrue, Christophe a recours à la bineuse, la herse étrille… « Il vaudrait mieux réduire le travail de la terre au maximum en restant en bio, en évitant le salissement, et se rapprocher de l’agriculture de conservation des sols. Le but est de se servir du matériel de désherbage en dernier recours, estime-t-il. Il faudrait les couvrir toute l’année, et c’est ce que nous faisons en partie. » Trois jours après la récolte de l’orge, mi-juin, du soja pour la semence ou des haricots verts pour la conserverie sont semés et irrigués. Ils sont récoltés début octobre puis laissent la place à un mélange orge et pois, récolté mi-juin. Lui-même sera remplacé par du soja irrigué… « Ce serait le modèle à répéter sur toute l’exploitation, toutefois, il faudrait développer l’irrigation. »

La bineuse, premier outil acheté et dernier utilisé

Christophe va également tester cette année le semis direct de sorgho fourrager (à forte densité et associé) après le blé, pour couvrir le sol et le protéger du ravinement en cas de pluie, de manière à concurrencer et étouffer les adventices, de même que travailler la terre.

Des engrais verts sont aussi semés après les déchaumages d’été pour couvrir le sol : féverole + phacélie, radis + phacélie + moutarde. « Lors du passage en bio, la bineuse était le premier outil acheté, se souvient l’agriculteur, aujourd’hui, c’est le dernier utilisé. »

« Demain, je dois m’affranchir de l’énergie, du matériel… Peut-être grâce à un élevage qui maintiendrait la fertilité du sol. Mes terres produisent de l’orge ou de la luzerne pour nourrir des animaux, autant mettre directement des bêtes dans les parcelles, cela paraît plus logique. » Cet hiver, une centaine de moutons ont pâturé la luzerne. « L’idée serait d’installer un jeune berger sur la ferme… » À bon entendeur !

Florence Mélix

Les récoltes sont stockées dans l’un des sept silos (1000 t chacun) construits en 2013, ou dans des caisses ventilées (1,5 t). © Photos : F. Melix
Le Contexte

La Ferme de Prie Dieu exploite 500 hectares à Ferrensac, au nord du Lot-et-Garonne, dont 150 sont irrigables. La conversion en bio a débuté en 2010.

Cinq personnes y travaillent à temps plein : Christophe et son épouse Bénédicte, leur fils aîné Hugo et deux salariés. Un apprenti vient en renfort. Deux saisonniers sont embauchés pour la récolte des asperges et pour enlever au sécateur électrique le xanthium et le datura.

Vente de produits bio et locaux

Depuis l’automne dernier, Paul de Lamarlière, le fils cadet, développe la commercialisation de produits issus de la ferme : farine de blé et de sarrasin, graines de courge, lentilles, haricots blancs et rouges, lin, pois chiche… auprès d’une vingtaine de clients (magasins de producteurs, Biocoop, boulangers, grossistes). « Le label bio et l’origine locale sont importants et recherchés par les clients », explique-t-il.

Le récap
Les points positifs
Les points négatifs
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Cet article est paru dans La France Agricole

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