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Une trêve hivernale pour la traite des vaches laitières

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Mode de conduite - Une trêve hivernale pour la traite des vaches laitières
Gautier Fihue, accompagné de Paulette, une kiwi fraîche vêlée de deux ans. © A. Courty/GFA

Gautier Fihue conduit ses 85 laitières « à la néo-zélandaise », en une seule bande. Le groupement des vêlages, en février et mars, lui permet de suivre la pousse de l’herbe, de fermer la salle de traite en hiver et de réduire l’astreinte sur la période estivale.

Simplicité, économie, autonomie : tels sont les trois commandements de Gautier Fihue, éleveur bio installé, depuis 2016, à Osmoy-Saint-Valery, en Seine-Maritime.

Nourries exclusivement à l’herbe

Les 85 vaches laitières de l’exploitation sont conduites en vêlages groupés, traites une fois par jour et nourries exclusivement à l’herbe. Quant au choix de la race la plus adaptée à ce système inspiré de la conduite néo-zélandaise, l’agriculteur n’a pas hésité bien longtemps. « Il me fallait des vaches rustiques, légères, bonnes marcheuses, fertiles, avec une bonne facilité au vêlage, indique-t-il. J’ai fait venir 70 croisées frisonne × jersiaise (kiwis) du Pays de Galles à la fin de 2016. » Depuis l’an dernier, Gautier teste également le croisement trois voies, avec la rouge scandinave. « Plus on croise, plus on a de la résistance et plus on profite de l’hétérosis. » Les semences sont importées de Nouvelle-Zélande. Cependant, menant une véritable « chasse aux intrants », il envisage à terme de n’utiliser que des taureaux élevés sur site.

« Hors pics saisonniers, l’astreinte varie entre une et quatre heures par jour sur l’atelier laitier. »

Cette génétique est une aide précieuse au groupement des vêlages. Mais technicité et surveillance sont tout aussi indispensables. « La courbe de lactation est calée sur la pousse de l’herbe, et le recours à la monotraite permet de moins tirer sur les vaches, souligne l’éleveur. On limite au maximum le déficit énergétique, qui entrave la reproduction et affaiblit les animaux. » En avril, l’attention est portée sur les chaleurs. « En plus de les observer, on applique de la peinture sur la base de la queue des vaches, explique-t-il. Si la trace s’est effacée, on soupçonne un chevauchement. »

Du 10 au 31 mai, vient l’heure des inséminations. Les vaches vides sont rattrapées en juin, avec des taureaux angus. Un nouvel échec est souvent synonyme de réforme. Mi-décembre, les vaches sont taries, sans traitement particulier. L’occasion de fermer la salle de traite, jusqu’aux vêlages entre mi-février et la fin de mars. « Cette année, 83 % de nos vêlages auront lieu entre le 10 février et le 4 mars. » Les fraîches vêlées regagnent ensuite les pâtures. En cinq ans, seuls deux vêlages ont été assistés.

Maximiser le pâturage

Côté ration, la formule est simple : de l’herbe toute l’année, essentiellement pâturée. « Il y a de l’affouragement d’ensilage quand la pousse de l’herbe est insuffisante et pour gérer les transitions avec la ration de tarissement, basée sur la paille et le foin », note Gautier. Aucun intrant n’est employé, à l’exception du chlorure de magnésium avant vêlage. « Je n’achète pas mon lait », se plaît-il à résumer.

Avec la reproduction, la gestion de l’herbe est donc l’autre point clé du système. Le pâturage tournant dynamique, avec un are par vache laitière et par jour, permet à l’éleveur de faire l’impasse sur le vermifuge et de préserver la propreté des animaux. Afin de caler le calendrier de pâturage, il se base sur « des mesures d’herbe hebdomadaires et un modèle prévisionnel ». Le réseau de chemins clôturés, mis en place dès son installation, offre de gérer les déplacements des vaches à une seule personne, sur les 60 ha accessibles depuis l’étable principale.

Finalement, deux UTH suffisent à faire tourner l’exploitation. « Ce n’est pas de trop pendant les vêlages, mais le reste du temps, c’est presque du luxe ! En dehors des pics d’activité liés à la reproduction, l’astreinte varie entre une heure par jour, quand la salle de traite est fermée, à quatre heures par jour, s’il y a de l’affouragement à réaliser ou les veaux à sevrer. » Le travail des champs est en grande partie délégué.

Dans ce système, presque « sans charge », l’éleveur parvient à se dégager 45 000 euros de revenu, sur l’atelier laitier. « Je n’ai jamais rempli mon contrat de 280 000 l avec Biolait, ce n’est pas l’objectif principal. Il faut accepter cette incertitude sur la production. »

En parallèle, Gautier met à profit le temps libéré sur l’atelier lait pour faire avancer divers projets, tous voués à renforcer la cohérence de son modèle : vaches nourrices, transformation à la ferme, agritourisme, collaboration avec des artisans…

Alexandra Courty

Le contexte

La ferme du temple se situe à Osmoy-Saint-Valery, en Seine-Maritime.

• Agriculture biologique.

• 85 croisées kiwis à 2 300 l de lait/an avec un TB/TP de 52/39 g/l en moyenne.

• Monotraite.

• Vêlages groupés.

• Alimentation 100 % herbe.

• SAU de 180 ha, dont 80 ha en herbe, 20 ha en agroforesterie et 80 ha en cultures de vente.

• Un chef d’exploitation et une salariée.

• Projet d’élevage de bœufs laitiers et croisés angus.

Des débouchés « nobles » pour tout le monde

Gautier Fihue mise sur la longévité de ses laitières. Le taux de renouvellement tourne autour de 10 %. « Les génisses croisées se vendent très bien », confie-t-il. Les réformes sont valorisées en vente directe. Mais le devenir des mâles pose encore problème. Pour l’heure, ces veaux partent à 15 jours « pour trois fois rien. » Mais la donne pourrait changer. « D’un côté, j’ai des veaux que je n’arrive pas à valoriser. De l’autre, des cultures non fertilisées à faible rendement, indique l’éleveur. À court terme, je compte élever les mâles laitiers et les croisés angus en tant que bœufs. Ce n’est pas forcément plus économique, mais cela présente un intérêt agronomique, avec l’apport de matière organique sur les terres. »

Pour l’heure, le produit viande lui permet déjà de couvrir les charges de l’atelier laitier.

Le récap
Les points positifs
  • Temps de travail restreint une grande partie de l’année.

  • Charges réduites au minimum, peu d’intrants.

  • Un système cohérent, économe et autonome.

Les points négatifs
  • Pas le droit à l’erreur sur la reproduction.

  • Gestion rigoureuse de l’herbe et aménagement complet du parcellaire (chemins, clôtures, eau).

  • Production laitière contenue et irrégulière.

Une organisation bien rodée

Cette année, l’éleveur confie ses petites génisses de renouvellement à des nourrices pour « réduire l’astreinte et les sevrer naturellement. »
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Cet article est paru dans La France Agricole

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