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Une conduite rigoureuse pour un élevage bovin allaitant rentable

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Gestion du troupeau - Une conduite rigoureuse pour un élevage bovin allaitant rentable
L’hiver, les charolaises sont nourries avec du foin et de l’enrubannage rationnés, de la paille, des céréales et du CMV (complément minéral vitaminé, de 1 à 2,5 kg par vache selon les stades et les catégories). © Anne Bréhier

Dans un contexte climatique et agronomique difficile, Rémi Louvrier mise sur une gestion minutieuse de son cheptel et des investissements raisonnés.

«Va-t-on encore avoir une année difficile ? », s’interroge Rémi Louvrier, qui sort de deux années de sécheresse consécutives. En 2019 comme en 2018, le jeune éleveur avait dû distribuer du foin tout l’été. Cet hiver, malgré les bonnes récoltes fourragères du printemps dernier, il a fallu en racheter un peu. Tous les animaux ont été rationnés, sauf les jeunes. Depuis début avril, les 90 vaches réparties par lots de quinze avec un taureau sont au pré avec leurs veaux. « Nos 40 parcelles de 2 à 5 ha permettent de faire un pâturage tournant avec une croissance correcte, malgré des sols au potentiel moyen. Compte tenu du temps sec, la complémentation au pré est assurée uniquement pour les mâles. Elle devrait démarrer dès fin avril, avec un mois d’avance. »

« J’ai investi dans une nouvelle stabulation dix ans après mon installation. »

Lors de son installation en 2007, Rémi a repris un cheptel d’une soixantaine de vaches. Il en a augmenté progressivement la taille à raison de quatre vaches supplémentaires par an. Il insémine lui-même ses charolaises, à partir de taureaux achetés en copropriété avec son frère, installé à proximité. Une quarantaine d’inséminations artificielles (IA) sont pratiquées chaque année. « J’interviens le matin et le soir à heures fixes lorsque les vaches sont au cornadis, ce qui limite leur stress, précise l’éleveur. C’est une astreinte supplémentaire, mais cela permet de mieux maîtriser les accouplements et d’éviter la présence de taureaux dans des cases déjà suffisamment chargées. » Les génisses sont inséminées par l’inséminateur.

Dans le développement de son exploitation, l’agriculteur n’a pas brûlé les étapes. Lorsque son cheptel a atteint un rythme de croisière, soit dix ans après son installation, il a investi dans un nouveau bâtiment d’une capacité de 48 places. « Quand on est jeune, on voudrait tout avoir tout de suite. Mais il faut être patient si l’on ne veut pas être noyé sous des annuités liées à des investissements trop lourds. »

« Trier les réformes assez tôt »

Mise en service l’hiver dernier, la stabulation a été apposée à l’étable existante. Avec son vétérinaire, Rémi a réfléchi à la façon d’optimiser l’aération pour empêcher les problèmes respiratoires. Une faîtière de qualité ainsi qu’une toiture en écailles ont été installées. « L’air circule bien, mieux même qu’auparavant, quand il n’y avait que l’ancien bâtiment. »

Avec un outil de production plus fonctionnel, l’éleveur applique plus facilement sa règle de conduite : un veau par vache et par an. « Cela suppose de trier les réformes assez tôt, de faire partir les animaux improductifs quelles que soient leurs qualités, et de sortir les broutards lourds assez jeunes (à partir de 9 mois). »

Tous ces efforts ne doivent pas être annihilés par une commercialisation défectueuse. L’élevage se situe à 8 km du marché au cadran de Moulins-Engilbert, dont Rémi est administrateur. « C’est un outil qui donne une référence de prix à tout le monde. Notre mode de production basé sur un élevage à l’herbe, favorable à l’environnement et au bien-être animal, correspond aux attentes du consommateur. Malheureusement, la qualité de nos produits n’est pas valorisée comme il se doit. Avec des vaches à 3,50-3,60 €/kg de carcasse, l’équilibre économique reste difficile à trouver. »

Pour améliorer la valorisation de ses animaux, l’exploitant a créé, il y a trois ans avec une dizaine d’élevages, le groupement « Le Charolais-Morvan ». En 2019, une demi-douzaine de ses vaches de réforme grasses ont été vendues dans des magasins Carrefour de la Nièvre et de Seine-et-Marne avec une plus value de 1 €/kg de carcasse. « Avec des poids de carcasse de 525 kg, ça fait de la trésorerie ! Si tous nos animaux pouvaient être ainsi valorisés, la rentabilité de nos systèmes serait bien meilleure et l’avenir plus serein. »

Anne Bréhier

Le contexte

• Rémi Louvrier est installé à Saint-Léger-de-Fougeret, (Nièvre). Il gère une exploitation herbagère en système maigre.

• SAU de 115 ha (6 ha de céréales et 109 ha de prairies, sur des sols granitiques précoces mais séchants).

• 90 vêlages par an. Vente essentiellement de broutards lourds,et quelques vaches finies en démarche qualité.

Le récap
Les points positifs
  • Maîtrise technique du troupeau et des fourrages.

  • Entraide avec le frère pour les travaux de récolte et la surveillance des vêlages.

  • Commercialisation par le marché au cadran.

Les points négatifs
  • Des sols superficiels au potentiel moyen.

  • Contexte climatique de plus en plus aléatoire.

  • Moindre valorisation des animaux en dehors du collectif de producteurs.

« Une exigence payante » Frédéric Marceau, conseiller d’entreprise à la chambre d’agriculture de la Nièvre.

« Les très bonnes performances techniques, notamment dans la conduite de la reproduction et la maîtrise des vêlages, combinées à des niveaux de charges opérationnelles cohérents entraînent des niveaux de produit brut et de marge brute à l’UGB élevés. Cela permet à l’exploitation d’obtenir un très bon ratio EBE/produit brut, égal à 46 %.

Pour éviter de rompre l’équilibre de son système fourrager, dans un contexte climatique difficile, Rémi devrait diminuer sensiblement son chargement (1,17 UGB/ha) en ramenant le nombre de ses vêlages autour de 80 à 85. Cela ne remettrait pas en cause l’efficacité technico-économique du système. »

Des performances au rendez-vous

La stabulation, mise en route en 2018, est attenante à l’ancienne étable et dispose d’une capacité de 48 places.
La stabulation, mise en route en 2018, est attenante à l’ancienne étable et dispose d’une capacité de 48 places.
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Cet article est paru dans La France Agricole

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