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Un système naisseur charolais très simplifié

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Ludovic Viel élève 120 charolaises en système tout herbe, avec comme objectifs de limiter au maximum les achats de fourrages et d’aliments, et de gagner du temps.

Ludovic Viel a fait le choix de la simplicité. Ses 120 mères charolaises et 90 génisses de renouvellement (le troupeau est en augmentation) se nourrissent exclusivement d’herbe. Pour y parvenir, son système repose sur un principe, caler les besoins des animaux sur la pousse des prairies, et sur quatre piliers : des vêlages groupés au printemps, un pâturage tournant, la vente de broutards légers et la mobilisation des réserves corporelles des vaches en hiver.

Ainsi, 80 % des vêlages sont groupés sur mars et avril. Pour tenir ce calendrier, « il ne faut pas faire de cadeau, les vaches qui se décalent sont systématiquement réformées », souligne Ludovic. Toutes les naissances se déroulent en bâtiment, pour faciliter la surveillance. Les couples mère et veau sortent dès le lendemain. Le retour en bâtiment n’a lieu qu’au 1er décembre, pour minimiser l’achat de paille. Les génisses vêlent en début de période « pour compenser un intervalle vêlage vêlage (IVV) un peu supérieur à celui des multipares. Elles sont ainsi parfaitement calées pour leur second vêlage. Par ailleurs, leurs veaux, souvent plus fragiles, bénéficient d’une pression sanitaire moindre. Ludovic accorde de l’importance à la facilité de vêlage et achète des taureaux type élevage inscrits. « J’ai toujours un taureau de secours et je teste les nouveaux sur quelques vaches pour voir les résultats. En vingt et un ans, seules cinq césariennes ont été pratiquées. »

100 % herbe

Durant l’hiver, les vaches et les génisses amouillantes reçoivent du foin à volonté et un complément minéral et vitaminique. L’enrubannage d’herbe est réservé aux autres génisses. « Ce régime, qui réduit les coûts alimentaires, conduit à un amaigrissement des vaches en fin d’hiver, explique Ludovic. Les vêlages sont facilités, mais il faut veiller à ce que la reprise de poids soit correcte au printemps, afin de ne pas pénaliser la production laitière et la fertilité. »

Les jeunes génisses pâturent les marais communaux à partir du 1er mai. « Ici, la pousse de l’herbe est tardive, il faut attendre le 20 mai pour que la productivité des prairies explose », commente Ludovic. Les génisses de deux ans et les vaches sont conduites en cinq lots. Chaque lot dispose de plusieurs paddocks sur lequel il tourne toutes les quatre-cinq semaines en début de saison puis toutes les trois semaines en été. « Hormis un îlot de 20 ha à 17 km, mes prairies sont groupées autour de mon siège d’exploitation. Elles sont bien aménagées, avec un nombre de points d’eau suffisant, de bonnes barrières et des haies pour protéger les animaux. Je n’apporte aucun intrant ni ne ressème », précise Ludovic. La vente de la totalité du fumier couvre une partie des frais d’achat de paille.

Des broutards légers

Les veaux mâles sont vendus précocement pour limiter la pression sur les prairies et permettre une reprise optimale des réserves corporelles des mères. La moitié d’entre eux sont commercialisés en août. Ils sont complémentés à partir du 1er juillet, à raison de 2 kg de concentrés du commerce par jour en moyenne. « Le fait d’avoir des vêlages groupés me permet de vendre des lots homogènes d’animaux, ce qui est recherché par les engraisseurs », indique Ludovic. En 2016, les broutards sont partis en moyenne à 2,81 €/kg, pour un poids de 270 kg vif. Les femelles, quant à elles, sont presque toutes élevées pour le renouvellement.

Côté réformes, les vaches partent sans engraissement préalable. Celles qui sont directement abattues pèsent en moyenne 381 kg de carcasse (kg cc), sont classées O + ou R -, avec un état d’engraissement de 2 ou 3. En 2016, elles ont été valorisées autour de 3,78 €/kg cc.

En plus d’induire de faibles charges opérationnelles, ce système d’élevage va de pair avec une charge de travail réduite. « Durant six mois de l’année, je suis assez tranquille, se félicite Ludovic. Il y a un pic de travail au moment des vêlages et pendant les récoltes d’herbe, mais de décembre à début mars, je ne consacre que deux heures par jour aux vaches. » Pour avoir une solution simple de remplacement, Ludovic a embauché à mi-temps un salarié en 2018. Il a monté un atelier volailles dans cet objectif.

Valérie Scarlakens
« Ne pas hésiter à mobiliser les réserves corporelles en hiver »

Jean-Claude Dorenlor conseiller bovins viande à la chambre d’agriculture de la Manche

«Ce système est ultrasimple et cohérent. Pour les vêlages de fin d’hiver, il ne faut pas s’inquiéter de l’amaigrissement des vaches en stabulation si elles sont rentrées en bon état. Les bons résultats de reproduction le prouvent (IVV de 372 jours et taux de mortalité de 7,6 %). Les vaches amaigries vêlent correctement et les veaux sont vigoureux et enregistrent une bonne croissance, signe que la production laitière reste bonne.

La charolaise s’adapte bien aux variations de poids, grâce notamment à sa grande capacité d’ingestion.

Toutes les vaches ne pourraient pas s’adapter à son système mais, en vingt ans, Ludovic a fini par sélectionner un cheptel rustique. »

Stabulation. L’hivernage en bâtiment permet de limiter au mieux les besoins d’entretien des animaux.
Marais. La qualité du foin de marais est aléatoire. Le limon déposé par les eaux est en revanche un bon fertilisant. © Photos  : v.scarlakens
Le contexte

À Picauville, dans la Manche, Ludovic Viel élève 120 charolaises en système naisseur. Et 80 % des naissances ont lieu en mars et avril.

Les broutards sont vendus à partir du 15 août, âgés de cinq à six mois.

116 ha de prairies permanentes, dont 35 ha de marais (fauche) + 16 ha d’achat d’herbe sur pied + utilisation de marais communaux.

Atelier volailles (depuis 2018) : deux bâtiments de 400 m², label rouge.

1,5 UTH : Ludovic et un salarié à mi-temps.

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Le récap
Les points positifs
  • Des charges opérationnelles réduites.

  • Une quasi-automomie alimentaire.

  • Un temps de travail moindre.

Les points négatifs
  • Une forte dépendance aux aléas climatiques.

  • Une pointe de travail lors des vêlages.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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