Au Gaec des Aubracs, les 250 mères pâturent avec leurs veaux sur les parcours durant huit mois. Elles ne rentrent en stabulation que mi-décembre, avant les vêlages, groupés à 60 % sur janvier. « Avec ce calendrier, approvisionner toute l’année en viande nos six boutiques de producteurs ne va pas de soi. Nous avons choisi de produire des jeunes bovins plutôt que des veaux, pour avoir de la souplesse dans les âges d’abattage », explique Pierre Rodier. « Nous engraissons surtout des femelles, car leur viande est plus tendre. Nous arrivons à fidéliser nos clients avec une qualité de viande régulière, même si l’âge et le poids des animaux varient », note sa femme Christelle.

En octobre, après le sevrage à huit ou neuf mois, une partie des mâles sont vendus en broutards, à 340 kg vif de moyenne. Les autres entrent en bâtiment avec les femelles. Ils reçoivent alors du foin à volonté et 2 kg de concentré par jour. Une fois le stress du sevrage passé, l’éleveur trie les génisses destinées au renouvellement, qui restent à la même ration. Il répartit les broutards à alourdir et les génisses à engraisser en box de quinze places, selon leur âge. Le concentré grimpe progressivement à 4 kg par jour. Mi-décembre, à la rentrée des mères en stabulation, les veaux nés entre février et juin sont sevrés et rejoignent l’engraissement.

Un système pastoral

En jouant sur cet étalement des âges, les éleveurs obtiennent des animaux prêts à abattre tout au long de l’année. « Chaque semaine, je choisis les deux génisses les plus lourdes et les plus grasses. Pour faire mâturer la viande quinze jours en chambre froide, il faut des carcasses bien couvertes. Cela améliore aussi la tenue de la viande à la découpe », explique Pierre. Le poids à l’abattage varie entre 260 et 320 kg pour des génisses de 15 à 22 mois. Quelques mâles alourdis complètent l’approvisionnement des boutiques. « Nous abattons également une vache de réforme tous les quinze jours, pour proposer un deuxième type de viande », ajoute Christelle. Ces vaches, finies de 6 à 12 ans, donnent des carcasses de 400 kg de moyenne. En stabulation, les mères reçoivent une ration complète de 20 kg d’ensilage, 5 kg de foin et 3 kg de drèches de pommes. Le Gaec est autonome en fourrages, mais il doit acheter la complémentation. « Je commande des camions de 25 tonnes à un courtier, et je choisis les matières premières en fonction des prix, afin de maîtriser le coût de la ration », précise Pierre. Cet hiver, l’éleveur a acheté, pour les mères, des drèches de pomme à 26 € la tonne livrée. Quant à l’engraissement, il a opté pour du son de blé à 175 €/t, qui ne nécessite pas de correcteur azoté.

À partir de mi-avril, les vaches et les veaux quittent la stabulation. « Nous faisons des lots de 45 couples, qui tournent dans des parcs de 150 ha », détaille Pierre. Le pâturage de printemps maintient bien la lactation des mères. « Sans complémentation, le gain moyen quotidien (GMQ) des mâles atteint 1 100 à 1 300 g/j », note Pierre. Chaque parc fournit un mois de pâturage. « L’été, nous utilisons des parcelles où nous avons gardé des stocks d’herbe sur pied, et nous repassons sur les prairies de fauche. À l’automne, nous revenons dans les parcs du printemps », explique l’éleveur. Le troupeau dispose ainsi de ressources fourragères à moindre coût durant huit mois. « Nous n’apportons pas de complémentation, seulement du sel, des vitamines et des minéraux. »

Plus de conformation

Le troupeau, suivi au contrôle de performance depuis vingt ans, est conduit en monte naturelle. « Il y a 16 taureaux pour 250 mères. J’en achète régulièrement en station de testage pour renouveler les lignées. Tous les deux ou trois ans, j’insémine une partie des mères », détaille Pierre. La facilité de vêlage et le potentiel laitier ont bien progressé. Le Gaec vend quelques mâles en tant que reproducteurs, ainsi que des génisses prêtes à vêler ou suitées.

« Pour la vente directe, nous aurions besoin d’animaux plus conformés, poursuit-il. Afin d’y parvenir sans dégrader les qualités maternelles, nous envisageons de faire un lot de mères à accoupler avec des taureaux typés viande. Les autres continueraient à assurer le renouvellement et la vente de reproducteurs. »

Le développement de la vente directe est récent. Trois des six boutiques continuent d’accroître leur clientèle. Avec des carcasses plus lourdes, le Gaec aurait davantage de viande à vendre. « Nous pourrions aussi engraisser davantage de mâles, mais leur finition demande plus de temps. Une autre option serait de produire des veaux de façon saisonnière. Nos clients nous demandent régulièrement pourquoi nous n’en avons pas ! », ajoute Christelle.

Frédérique Ehrhard