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Transformer une partie de son lait de vache en yaourts

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Christiane Batisse et ses deux fils, Lionel (sur la photo) et Loïc, ont totalement transformé leur système de production, du travail du sol jusqu’à la création d’un atelier de transformation. © Photos : M. Roque-Marmeys

Christiane, Lionel et Loïc Batisse ont fait évoluer leur production de lait conventionnel vers la transformation fermière de yaourts et crèmes desserts bio.

«En 2019, nous avons produit et vendu un million de pots de yaourts et crèmes desserts en transformant 125 000 litres de lait. Nous atteindrons notre objectif en 2020, avec 150 000 l transformés, explique Lionel Batisse, associé avec sa mère Christiane et son frère Loïc au Gaec des Mas à Vitrac (Puy-de-Dôme). La construction d’un atelier de transformation en 2018, pour un investissement de 400 000 euros, a suscité la création de la SAS (1) Ferme Batisse, qui gère la fabrication et la commercialisation d’une gamme de dix-neuf yaourts et crèmes desserts sous la marque Invitation à la ferme (lire l’encadré ci-dessous). La SAS compte cinq associés, dont les trois éleveurs du Gaec, Emilie Bacouel, responsable de la fabrication et Jennifer Ysabel, chargée de la commercialisation. Deux personnes y sont également salariées à temps plein et une autre à mi-temps pour les livraisons. Un saisonnier intervient à mi-temps.

« En dix ans, nous avons réalisé une véritable mutation de notre système d’exploitation. En 2009, avec 85 vaches prim’holsteins, nous produisions 700 000 l de lait conventionnel livré à Sodiaal. Un prix de base de 300 €/1000 l ne rémunérait pas notre travail et nos charges en alimentation, en engrais et en frais vétérinaires étaient très élevées », se remémorent les trois associés du Gaec, qui démarrent alors une réflexion approfondie sur une meilleure valorisation de tout ce qui est produit sur leur exploitation. Les formations organisées par le GDS ont motivé de nouvelles pratiques, basées sur le lien existant entre le sol, les plantes et la santé des animaux. »

Les lisiers et les fumiers sont ensemencés avec des bactéries depuis 2009. « Nous n’achetons plus d’engrais depuis 2012. Nous mesurons le pH de nos sols et faisons des profils pour contrôler la profondeur de l’enracinement, précise Lionel Batisse. Nous avons arrêté de cultiver du maïs et notre assolement a été revu pour semer des méteils grains et fourragers. »

Cap sur l’herbe et les méteils

De 2 hectares initiaux en 2010, les surfaces en méteil sont passées à 30 hectares aujourd’hui. Les éleveurs ont réduit la surface de céréales de vente de 30 à 10 hectares. Ils ont également inversé la proportion de prairies temporaires par rapport aux permanentes.

« L’herbe est devenue une culture à part entière. Nous avons semé 80 hectares de prairies permanentes en mélanges suisses, à base de luzerne pour les prairies de fauche et à base de trèfle pour les pâtures, poursuit Lionel. Nous fauchons très précocement, avant le stade épiaison, début mai, pour assurer une valeur nutritive maximale à cette récolte faite en enrubannage (minimum de 0,95 UFL pour 16 % de protéines). Les deuxième et troisième coupes sont récoltées en sec. La quatrième – fin septembre début octobre – est enrubannée. »

Le pâturage a été modifié aussi, avec le choix d’un pâturage tournant dynamique. Des paddocks ont été mis en place avec des rotations de douze heures. Les plus éloignés du bâtiment sont utilisés le jour, les plus proches durant la nuit. « Nous sommes autonomes en fourrages et le coût de notre ration hivernale, qui est aujourd’hui mélangée, a baissé », ajoute-t-il.

L’autonomie en eau a également été trouvée, grâce au forage réalisé en 2018. Dix mètres de bacs linéaires ont été installés pour abreuver les 75 vaches. Pour aller plus loin dans la qualité de l’eau, les éleveurs ont investi dans une machine Anaqua. Ce système génère par électrolyse de l’anolyte, une solution de nettoyage bactéricide « respectueuse de l’environnement ». « Nous l’utilisons pour l’eau d’abreuvement à un dosage de 1,2 %, ainsi que pour le lavage de la salle de traite, avec une concentration de 25 à 30 % », précise Lionel. L’anolyte est aussi utilisé pour le trempage des trayons avant et après la traite.

« Nous notons un très bon état général de nos vaches et une diminution des mammites, poursuit-il. Il y a encore d’autres améliorations à apporter à notre système, bio depuis 2017. Un géobiologue a réglé des problèmes de champs magnétiques au niveau de la salle de traite. Nous allons y tester une sonothérapie. Aujourd’hui, nous sommes fiers de nos produits qui valorisent notre travail et nous ne reviendrions pour rien au  monde en arrière ! »

Monique Roque-Marmeys

(1) Société par actions simplifiée.

Adhérent au réseau « Invitation à la ferme »

« Invitation à la ferme » est un réseau de fermiers bio et indépendants, qui transforment le lait sur leurs fermes pour vendre ensuite des yaourts ou des fromages fermiers en circuit court, prioritairement en local. Fondé par Jean-Michel Béard à Blain (Loire-Atlantique), il regroupe trente-sept exploitations autour d’une équipe de sept salariés, dont trois ingénieurs qualité. Les recettes et les achats de pots sont mutualisés. Le logo et le packaging sont communs, le nom et l’adresse de chaque producteur figurent sur ses productions, dont le périmètre de commercialisation est défini. Plus de mille magasins et de nombreuses collectivités sont clients des producteurs du réseau.

Emilie Bacouel, associée et responsable de la production, a développé une gamme variée de dix-neuf yaourts et crèmes desserts.
Le récap
Les points positifs
Les points négatifs
Le contexte

• Christiane, Lionel et Loïc Batisse sont associés au sein du Gaec des Mas à Vitrac (Puy-de-Dôme).

70 vaches prim’holsteins - 7 500 kg de lait par VL - TB 40 g/kg ; TP 31 g/kg.

SAU de 180 ha, dont - 20 ha de méteil grain - 10 ha de méteil fourrages - 10 ha de blé ou de colza de vente

- 140 ha de prairies, dont 80 ha temporaires.

• L’atelier de transformation compte deux associées supplémentaires : Emilie Bacouel et Jennifer Ysabel, ainsi que quatre salariés.

• En 2019, 385 000 l de lait ont été livrés à Biolait et 125 000 l transformés.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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