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Conduire l’exploitation grâce au strip-till

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PerformanceChez Matthieu Deffontaines, le strip-till rend meilleure la portance des sols, tout en améliorant le développement racinaire.. © Photos : V. T.

Chez Matthieu Deffontaines, l’amélioration de la productivité passe par la réduction progressive du travail du sol.

Concilier performance agronomique et économique avec la vie de famille, tel est le défi que relève avec succès Matthieu Deffontaines. Dès son installation en 2010, le jeune agriculteur entend mener seul l’exploitation, tout en modifiant un peu les pratiques paternelles. « Mon père avait recours aux TCS avec l’utilisation d’une charrue Perrein destinée à l’ameublissement, mais la portance en pâtissait les années humides et les problèmes de désherbage de graminées s’amplifiaient. Le retour au labour n’a rien changé », déclare Matthieu.

Ses sols fragiles, dont la teneur en argile dépasse rarement 15 %, supportent mal les bouleversements occasionnés par le travail profond et répété. Dans un premier temps, l’agriculteur décide de modifier l’assolement et d’allonger la rotation. De colza, blé, orge d’hiver , il passe à colza, orge d’hiver, tournesol, blé, colza . L’allongement d’un an avec introduction d’une culture de printemps vise à régler les problèmes de vulpins et ray-grass résistants. Cet assolement a été maintenu jusqu’en 2015.

Pour optimiser le système, un sarrasin destiné à être récolté était implanté entre l’orge et le tournesol. « Cette culture demeure très aléatoire avec les sécheresses estivales, regrette Matthieu. Aussi, j’ai préféré arrêter. Quant au tournesol, le potentiel évoluait entre 20 et 25 q/ha, avec, en prime, de grosses attaques de pigeons à la levée, puis de cervidés en fin de cycle. En 2016, j’ai décidé de renouer avec le traditionnel colza, blé, orge, mais en ayant dans l’intervalle modifié le travail du sol. »

Gain de temps

Profitant de l’embellie des cours de 2012, l’exploitant, qui s’intéresse aux techniques susceptibles de préserver les sols fragiles, comme l’agriculture de conservation, décide de s’équiper d’un matériel de strip-till. Ce mode d’implantation lui semble à la fois économique et beaucoup plus respectueux des sols. La matière organique demeure en surface, limitant ainsi l’érosion par ruissellement, et favorise la faune du sol (vers de terre, carabes, etc.). Par ailleurs, le travail profond sur la seule ligne de semis permet d’assurer une bonne croissance du système racinaire. Le non-travail de l’interrang améliore nettement la portance et la circulation de l’eau grâce à une meilleure porosité.

« J’ai investi dans un matériel sept rangs de 4 mètres de largeur, le Stripcat II, avec pour objectif principal d’implanter les colzas, poursuit Matthieu Deffontaines. En pratique, sitôt la moisson terminée, j’effectue un premier passage en descendant à 15 cm de profondeur. J’obtiens une bande travaillée de 20 cm de largeur pour un interrang de 40 cm, où se concentre la paille broyée. Auparavant, je passais un minimum de deux ou trois fois pour façonner le lit de semences. »

Semis : deux options

Selon la pluviométrie de l’été, deux options s’offrent ensuite à l’agriculteur. En cas de temps pluvieux, le semis de colza est réalisé après désherbage au glyphosate à l’aide du Stripcat II équipé d’un semoir Accord à deux trémies, dent de travail relevée, afin de déposer les graines dans un terrain ressuyé. Si le temps demeure sec, Matthieu sème avec le Stripcat II, en descendant la dent de travail à 25 cm de profondeur, pour remonter l’humidité du sol et favoriser la levée. Depuis cinq ans, les levées sont parfaites.

Le choix variétal se porte presque uniquement sur des lignées semées entre 50 et 70 grains/m², selon les conditions. La plupart du temps, les parcelles sont roulées postsemis, ce qui limite la circulation des éventuelles limaces. « Jusqu’à maintenant, je n’ai pas modifié mes programmes de désherbage, car les géraniums sont très présents, compte tenu de l’historique de l’exploitation, précise Mathieu. Toutefois, je réfléchis à acquérir un équipement qui permettrait de ne traiter que la bande de semis, les levées sur l’interrangs étant quasi nulles. À la clé, une économie des deux tiers de phytos est envisageable. Par ailleurs, grâce aux deux caisses du semoir, je peux déposer un engrais starter ou des plantes compagnes sur le rang. »

La technique est aujourd’hui maîtrisée en colza, avec à la clé une amélioration constatée des rendements ces trois dernières années. L’agriculteur envisage maintenant de faire un essai strip-till sur céréales. Partant du constat de la forte capacité de tallage des orges et de certains blés, un semis à 40 cm d’écartement lui semble possible, sans perte excessive de rendement. « Je pense que la capacité de tallage des orges et même de certains blés, comme Boregar, est sous-exploitée, déclare Matthieu. Cette année, un voisin a testé du blé en écartement 30 cm, avec succès. Dès cet automne, je vais faire un essai en modifiant la densité de semis à la baisse, pour éviter les problèmes de verse. Si le résultat est positif, cela ouvrira le champ à de nouvelles et intéressantes perspectives. »

Vincent Thècle
Test. Dès cet automne, un essai de céréales semé au Stripcat II sera mis en place.
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Test de semis direct sur 25 hectares depuis sept ans

Depuis 2010, Matthieu Deffontaines a arrêté complètement le travail profond sur 25 hectares. « En conduite traditionnelle, le potentiel de ce sable limoneux ne dépassait guère les 55 q en blé et 25 q en colza », se souvient le jeune agriculteur. Tout en conservant la rotation colza, blé, orge, les semis sont maintenant très simplifiés, après déchaumage léger (2-3 cm) ou en semis direct (Unidrill). Le blé de colza est semé dans les repousses détruites au glyphosate, mais les couverts ne sont pas systématisés entre blé et orge. « Ce changement de pratique, somme toute assez modeste, a permis de gagner une quinzaine de quintaux par hectare en colza et une vingtaine en céréales durant ces quatre dernières années. »

Le contexte

À Paulnay, dans l’Indre.

Matthieu Deffontaines s’est installé en 2010 à la ferme de La Touche de Lay, sur les 292 ha qu’exploitait son père. Cette ferme du Boischaut nord, relativement groupée, se compose pour l’essentiel de sols limoneux, hydromorphes, majoritairement drainés et recalcifiés régulièrement.

Assolement 2016-2017 : 106 ha de colza, 96 ha de blé, 86 ha d’orge d’hiver.

Main-d’œuvre : 1 UTH.

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Le récap
Les points positifs
  • Gain de temps, pas de salarié

  • Économie de fioul

  • Portance des sols améliorée

  • Mise en route agriculture de conservation

Les points négatifs
  • Il est difficile de savoir quand intervenir en zone argileuse

  • Réglage délicat pour conserver la terre fine sur le rang

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Cet article est paru dans La France Agricole

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