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Réintroduire du tournesol dans la rotation

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Agromatériaux - Réintroduire du tournesol dans la rotation
Dans sa parcelle de multiplication de semences, Christophe Gélineau sème au monograine des variétés de tournesol population pour effectuer sa propre sélection, en passant entre les rangs. © Aude Richard

Au sud de l’Indre-et-Loire, Christophe Gélineau sème à nouveau du tournesol sur son exploitation, en essayant de maximiser la production de cannes pour l’isolation.

«Il y a vingt-cinq ans, mon père cultivait du tournesol, mais les problèmes de levée étaient très pénalisants sur les rendements. Je suis passé à une rotation blé-orge-colza entre 1990 et 2013, le colza était plus rentable. J’ai toutefois mesuré les limites de ce système. »

« Opération soleil »

Installé à Perrusson, près de Loches, en Indre-et-Loire, Christophe Gélineau exploite 76 hectares en cultures et 24 ha en prairies permanentes. En quelques années, il voit se développer rapidement le vulpin dans ses champs. Plusieurs agriculteurs de son secteur font le même constat. Avec le GDA de Loches Montrésor, ils décident de réintroduire du tournesol pour casser le cycle des adventices et mettent en place l’« opération soleil ».

Passer régulièrement lors de la levée pour éloigner les oiseaux.

Ce programme vise à mieux valoriser la plante entière. À cette époque, le gouvernement lance un appel à projets sur les agromatériaux, et la communauté de communes Loches Sud Touraine souhaite en utiliser pour rénover un bâtiment. Les agriculteurs se lancent dans la canne de tournesol pour l’isolation. Les premiers travaux de collecte et de broyage permettent au GDA d’isoler le pôle écoconstruction. Puis le groupe souhaite massifier les volumes et intègre le projet Diva (lire l’encadré ci-dessous).

De son côté, Christophe réintroduit la variété de tournesol Vellox (90 €/ha) sur 10 à 15 ha en moyenne, et le millet dans sa rotation. « Je fais toujours un millet, un tournesol, puis un blé. Cela évite les problèmes de fusariose et les traitements fongiques sur le blé. » Engagé dans une MAE « fauche tardive » sur ses prairies, il vise également la baisse de l’utilisation des pesticides, de 2 à 1,2 IFT. Le tournesol possède l’avantage de ne nécessiter qu’un désherbage.

Laa variété Héléna, très striée, peut être valorisée en oisellerie ou en alimentation humaine. © Aude Richard

Des semences population

Pour que le projet d’isolant soit rentable, les agriculteurs ont pour objectif de collecter 1 t/ha de canne, alors qu’avec un itinéraire technique traditionnel, c’est environ 500-600 kg/ha. Il faut donc baisser les charges et augmenter la production de canne. Le groupe du GDA se rapproche de l’association CBD (1), en Poitou-Charentes, pour expérimenter des variétés population. Christophe teste Issanka, qu’il élimine en raison de pourriture. Puis Pérédovik, semi-précoce, et Héléna, une variété striée. À partir de 3 kg d’une variété, il la multiplie sur un demi-hectare grâce à une sélection « massale ». Il passe dans les rangs pour éliminer manuellement les plants « non conformes » à ce qu’il souhaite. Il sème le tournesol assez dense, 100 000 graines par hectare pour qu’il en reste environ 70 000.

Reste le problème de la levée et l’appétence des oiseaux. Plusieurs techniques sont testées. L’agriculteur fait semer le tournesol avec un semoir pneumatique à céréales (Lemken) et non au monograine. « Les graines sont bien réparties, jusqu’à 5-6 kg/ha, et les oiseaux ne peuvent pas suivre un rang précis. » La chambre d’agriculture tente des semis de tournesol sous couvert d’orge de printemps. Les graines sont ainsi dissimulées par les feuilles mais le rendement est très variable d’une année sur l’autre. Un drone effaroucheur est aussi testé, mais il requiert de la main-d’œuvre pour le piloter. Des agriculteurs de GDA essaient d’enrober les graines au Tabasco, un puissant piment. Christophe préfère la présence humaine. Il passe matin, midi et soir pour allumer un pétard ou poser un épouvantail. « Pendant une à trois semaines, il faut faire des passages réguliers, c’est ce qui fonctionne le mieux. »

Stocker l’agro-isolant

Sur les 10 ha, 1,5 ha est irrigué. Les rendements atteignent alors 28-29 q/ha. Les variétés population sont moins productrices que les hybrides (2 à 3 q/ha en moins) et, sans irrigation, la récolte diminue à 18-20 q/ha. Les grains sont valorisés auprès de coopératives, mais ce qui compte pour Christophe, ce sont les cannes. Un prototype a été créé afin de les ramasser au champ et un autre est destiné à séparer­ la moelle et l’écorce.

Aujourd’hui, la productivité n’est pas encore suffisante pour l’industrie. En attendant, l’exploitant stocke cet agro-isolant qui peut être utilisé par les autoconstructeurs ou les artisans du secteur.

Aude richard

(1) Cultivons la biodiversité.

Le récap
Les points positifs
  • Moins d’adventices.

  • Moins de dépendance aux intrants.

  • Charges maîtrisées.

Les points négatifs
  • Difficultés de monter une nouvelle filière.

  • Présence lors de la levée.

Plus rentable que le colza

Un prototype a été mis au point pour séparer la moelle et l’écorce de tournesol, afin de confectionner des panneaux isolants. © Aude Richard
le contexte

Christophe Gélineau, à Perrusson (Indre-et-Loire).

SAU : 100 ha, dont 24 ha en prairie naturelle permanente.

Assolement (76 ha) : 30 ha de blé, 10 ha d’orge d’hiver, 10 ha de millet, 10 ha de tournesol, 4 ha de maïs, 8 ha de féverole d’hiver, 6 ha de jachère.

Bovins allaitants : 20 limousines.

Isoler en canne de tournesol

Plusieurs travaux de recherche ont démontré les atouts du tournesol pour l’isolation. Il peut être utilisé en simple broyat dans les planchers, les rampants ou les cloisons. Il peut aussi servir dans la confection de panneaux isolants. Une séparation de la moelle et de l’écorce est alors nécessaire. Le projet Diva (2017-2020) visait à construire un enduit isolant extérieur grâce à la moelle. Le projet Savasco, porté par l’université de Toulouse, étudie une brique allégée de terre-écorce et un panneau à base de moelle et de pectine d’agrumes. Pour valoriser les coûts de production, le prix de vente se situe autour de 130 €/m3 pour la moelle et de 90 €/m3 pour l’écorce.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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