Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Protèger les cultures avec la biodiversité fonctionnelle

réservé aux abonnés

 - -->
Couverts végétaux.Composés de différents types de moutardes (notamment anti-nématode avant betterave), féverole, vesce, phacélie… Hubert Compère les implante tôt pour fournir des fleurs à « ses insectes. » © C. Fricotté

En quelques années, Hubert Compère a créé une réserve d’auxiliaires suffisante pour faire l’impasse sur les insecticides en végétation.

Micro-hyménoptères parasitoïdes, bombyles, larves de chrysopes, épeires, collemboles… C’est un vrai régal d’échanger avec Hubert Compère.

En passionné, ce dernier aime partager les connaissances qu’il a acquises sur les arthropodes, et plus précisément sur les insectes. « J’ai mis dix ans pour créer une réserve d’auxiliaires. Désormais, je n’ai plus de problème de ravageurs. Il y a un équilibre global qui me permet de me passer d’insecticides en végétation, quelle que soit la culture ! », complète-il. Et pourtant, il y a encore peu, l’exploitant de l’Aisne n’imaginait pas tout ce qui se tramait dans ses parcelles… Auparavant sur un système « hyperconventionnel », cela n’empêchait pas Hubert Compère d’être très impliqué dans divers programmes comme AgriPéron (limitation des pollutions ponctuelles ou diffuses liées aux engrais et phytos), les fermes Dephy ou encore de souscrire à des contrats (CTE ou MAE) pour réduire l’utilisation de produits phytosanitaires. Les traitements étaient donc tous raisonnés et déclenchés en fonction de seuils de présence. Malgré tout, il insiste : « Un indice de présence n’est pas forcément annonciateur de dégâts ! »

Les pulvérisations d’insecticides sur colza visaient alors altises, charançons de la tige, méligèthes et parfois charançons des siliques. Sur protéagineux comme sur betteraves, deux pulvérisations pouvaient avoir lieu en cours de végétation. Sur céréales, il passait une à deux fois l’automne contre les pucerons. « C’était avant que le traitement de semences Gaucho/Férial ne soit autorisé, précise-t-il. Au printemps, il fallait parfois positionner en plus un traitement sur cécidomyies et/ou sur pucerons des épis, avec des spécialités parfois très impactantes à base d’endosulfan, par exemple. »

Proche de l’agriculture intégrée

Et c’est justement, suite à un passage visant les cécidomyies, que tout a basculé pour lui. « J’ai fait le simple constat que traiter était pire que tout, puisqu’ayant supprimé tous les auxiliaires, j’ai permis aux pucerons de pulluler, explique Hubert Compère. À partir de ce moment, j‘ai arrêté de pulvériser des insecticides. »

Désormais, ses prises de décisions au sujet des cultures tendent vers l’agriculture intégrée. « Je suis pragmatique, ce qui fonctionne le mieux en termes de protection, c’est d’avoir en permanence des auxiliaires dans mes cultures. Pour cela, il faut juste leur laisser le temps d’agir », constate-t-il.

D’ailleurs, son système de culture a aussi d’autres impacts positifs. Étant en non-labour, il favorise les abeilles sauvages, qui sont terricoles, mais aussi la présence de lombrics qui décomposent les résidus de cultures. « Je suis persuadé qu’ils ont un rôle sur les champignons pathogènes puisque je n’ai plus besoin de traiter contre le piétin verse et que je ne trouve plus d’aphanomyces du pois, par exemple », observe-t-il.

Mais Hubert Compère n’a plus, non plus, besoin d’appliquer de molluscicides, car la présence des carabes et de petite faune est significative, grâce à un assolement varié, à des tailles de parcelles raisonnables et à une couverture des sols durant l’interculture.

« L’étude des insectes, et autres arthropodes, reste malgré tout complexe. C’est pour moi, comme pour beaucoup d’autres, une nouvelle discipline. Il y a un réel déficit de connaissance ! », souligne-t-il. Au vu de ce qu’il observait au champ, il a donc souhaité mieux comprendre ce qu’il s’y passait pour avoir des données fiables. Avec un conseiller de la chambre d’agriculture de l’Oise, François Dumoulin, ils sont restés en contact avec un entomologiste (lire encadré ci-contre) rencontré lorsque Dupont a mis en place des essais sur un insecticide sélectif chez lui.

Bio-indicateurs

L’agriculteur lui envoie plusieurs fois par an, à ses frais (environ 100 € l’analyse), des échantillons pour déterminer les espèces présentes chez lui. À chaque fois, ce sont près d’une cinquantaine de familles d’auxiliaires qui sont inventoriés (voir infographie). Beaucoup d’hyménoptères parasitoïdes sont retrouvés. Très sensibles aux insecticides, ce sont d’excellents bio-indicateurs. « On recense aussi des espèces que l’on croyait disparues », s’émerveille l’exploitant. Hubert rappelle toutefois qu’il ne s’interdirait pas de passer, le cas échéant, un insecticide en végétation : « Il n’y a pas de résistance aux matières actives chez moi. Et si je détruis quelques auxiliaires, mon système est résurgent et est donc en capacité de se repeupler. » Mais il demeure inquiet, car l’éventuel retour de traitements en végétation généralisés, pour pallier l’interdiction des néonicotinoïdes qu’il emploie sur céréales et betterave (1), détruirait assurément les araignées et sa si précieuse entomofaune.

Céline Fricotté

(1) Lire son courrier dans La FA n° 3709 du 25 août, p. 10.

Parasites. Quelle que soit la culture concernée, les pucerons ne posent plus de problèmes grâce aux micro-hyménoptères parasitoïdes (ici, © F.Dumoulin H.Com pere
Le contexte

Installé à Mesbrecourt-Richecourt, dans l’Aisne, Hubert Compère cultive 170 ha.

Assolement  : 32 ha de betterave, 25-30 ha de colza, 60 ha de blé tendre, 15 ha d’escourgeon, 10-15 ha d’orge de printemps, et le reste en pois protéagineux.

Premiers semis sans labour en 1998 et suppression définitive en 2005 avec achat de matériel spécifique.

Mise en place systématique de Cipan pour empêcher l’érosion et le ruissellement.

©
©
Auxiliaires : un service écosystémique

« Des prélèvements d’arthropodes ont été réalisés sur plusieurs exploitations pour mettre en place les essais Dupont, explique l’entomologiste, Raphaël Rouzes. Chez Hubert Compère, nous avons trouvé une riche biodiversité générale. Tout le cortège d’auxiliaires était présent avec, des parasitoïdes ultra-spécifiques ou des prédateurs tels que coccinelles, syrphes, chrysopes… » Selon le spécialiste, ces résultats sont la conséquence d’un système de culture qui préserve la faune (rotation, non-labour…) mais aussi de la technicité de l’agriculteur. Si en grandes cultures il y a encore peu de données, on observe chez Hubert un réel service écosystémique des auxiliaires.

Le récap
Les points positifs
  • Diminution des interventions phytosanitaires.

  • Lutte efficace contre les résistances aux insecticides.

  • Entretien et mise à disposition d’entomofaune.

Les points négatifs
  • Système « hors jeu », si les néonicotinoïdes venaient à disparaître.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
En direct
Afficher toutes les actualités

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !