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Produire une gamme de fruits en bio

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Michel Planas vient d’investir dans un nouvel outil à disques animés pour travailler le pied des arbres. © Frédérique Ehrhard

Michel Planas a diversifié ses vergers, tout en passant en bio et en reprenant en main sa commercialisation. Dès cet été, il va développer la vente directe.

«En 2008, j’ai décidé de revoir la façon d’exercer mon métier. Pour moi, la lutte raisonnée n’allait pas assez loin. Afin de mieux préserver l’environnement et la santé, j’ai converti mes vergers en bio. Dans la foulée, j’ai quitté ma coopérative, repris en main la commercialisation et pour partager les risques, je me suis diversifié », explique Michel Planas, arboriculteur dans les Pyrénées-Orientales.

De nouvelles cultures

Les premières années n’ont pas été simples. « La production de pêches en bio est très délicate. Au début, j’étais envahi par les pucerons. Puis les populations d’auxiliaires se sont développées et j’ai eu moins de soucis », note-t-il. La cloque reste complexe à maîtriser les années humides, de même que le Monilia. « J’ai arraché progressivement les variétés tardives dont les fruits avaient trop de problèmes de conservation. » Les arbres, moins poussants, nécessitent moins d’heures de taille. Par contre, l’entretien du sol revient plus cher. Le rendement moyen descend autour de 8 à 10 t/ha, contre 25 à 30 t/ha en conventionnel. « Heureusement, le prix des pêches, rares car difficiles à produire en bio, est correctement valorisé. »

Pour faire face au virus de la sharka qui touchait les pêchers, Michel avait déjà planté des pommiers en conventionnel. « J’ai continué en bio, en installant de nouvelles variétés pour étaler la récolte et démarrer dès le 15 août. Les pommes remplacent ainsi les pêches tardives dans le calendrier », précise-t-il. La lutte par confusion sexuelle contre le carpocapse, complétée par des applications de Bacillus thuringiensis, fonctionne. Les rendements s’établissent entre 25 et 35 t/ha. Les prix restent plus proches du conventionnel que ceux des pêches. « Au final, les pêchers dégagent la meilleure marge, mais avec une prise de risques plus grande », souligne l’arboriculteur.

Depuis qu’il est passé en bio, Michel conditionne et vend lui-même ses fruits. « C’est un nouveau métier que jai dû apprendre. » Il réalise aujourd’hui 50 % de son chiffre d’affaires auprès de grossistes, 35 % de détaillants et 15 % à la ferme. « Afin d’avoir des fruits à vendre sur une période plus longue, j’ai poursuivi la diversification en plantant des abricotiers, des poiriers, du raisin de table et prochainement des figuiers. » Les écarts de tri sont transformés en jus, cidre, compotes et confitures. Cela élargit encore la gamme, avec des produits disponibles toute l’année.

Deux sites de production

Il y a quatre ans, Michel s’est agrandi en reprenant 12 ha de pêchers en bio dans une vallée voisine, préservée de la sharka. Grâce à cette surface et à un calendrier de travail rempli, il a fidélisé trois saisonniers qui interviennent de dix à onze mois par an chez lui. « Je n’ai plus à former chaque année de nouvelles personnes, apprécie-t-il. De leur côté, mes salariés ont trouvé une stabilité professionnelle. »

Économiquement, l’exploitant commence à sortir la tête de l’eau. Avec de meilleures marges en bio, il a retrouvé des capacités d’investissement. Il vient de construire un hangar photovoltaïque de 1 200 m², sous lequel il va aménager une station de conditionnement.

La prochaine étape sera de développer la vente directe, en complétant la gamme actuelle avec des légumes. Dès cet été, il va créer un stand de commercialisation sur son deuxième site de production, très touristique, et il projette d’en mettre en place un troisième, en partenariat avec d’autres agriculteurs.

« Avec des cultures nouvelles, des itinéraires techniques à recaler chaque année, mon travail est moins routinier qu’auparavant. Par ailleurs, à travers la vente, j’ai découvert un volet relationnel qui me plaît beaucoup », note Michel. Tous ces changements lui ont donné une nouvelle jeunesse professionnelle. « Je pourrais prendre ma retraite dans deux ans, mais je n’en ai plus du tout l’envie. »

Frédérique Ehrhard

Le récap
Les points positifs
Les points négatifs
Le contexte

Michel Planas cultive 29 ha de vergers en bio à Eus et à Codalet (vallée de Saint-Michel de Cuxa), dans les Pyrénées-Orientales.

Il emploie un permanent et des saisonniers fidélisés.

Assolement : 12,5 ha de pêchers, 9 ha de pommiers, 3 ha de poiriers, 1,5 ha d’abricotiers, 2 ha de figuiers, 1 ha de raisin de table.

L’entretien du sol coûte plus cher

Pour travailler mécaniquement le rang, Michel Planas s’est équipé de plusieurs outils à dents, à disques ou à lames, qu’il combine en fonction de l’état du sol et de la taille des adventices. « Ce poste coûte cher en investissement, en carburant et en main-d’œuvre. Pour six à sept passages par an, il faut compter 20 h/ha », note-t-il. La profondeur de travail des outils doit être réglée précisément pour ne pas blesser les racines des arbres. « Il faut un tractoriste expérimenté », juge-t-il. Pour réduire le nombre de passages et moins tasser le sol, l’arboriculteur mène des essais de pâturage avec un éleveur de brebis, qui lui fournit aussi du fumier en échange de paille. « La fertilisation revient plus cher en bio. Au printemps, j’apporte un engrais organique azoté pour soutenir la pousse et j’améliore la fertilité du sol avec du bois raméal fragmenté, composté trois ans avant d’être épandu. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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