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Produire toutes les gammes d’œufs

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Pour s’adapter au marché, les frères Saliou remplacent leurs cages par des volières, des minivolières et un système de nids et caillebotis.

Code 3, mais aussi codes 2, 1 et 0… Sébastien et Nicolas Saliou, producteurs d’œufs indépendants à Rospez (Côtes-d’Armor), proposent à leurs clients l’ensemble de la gamme des œufs commercialisés sur le marché. Leur élevage comprend 54 600 poules pondeuses élevées en cages aménagées (code 3), 29 500 places en volière au sol (code 2), 25 500 en volières plein air (code 1) et 27 500 en production biologique (code 0).

Les frères jumeaux se sont installés en 2012 avec leur père Pierrick et un associé, Alain Urvoy. « À l’approche de ses soixante ans, notre père ne se voyait pas réinvestir pour la mise aux normes. Nous avons décidé de revenir à ses côtés dans l’entreprise familiale et de nous agrandir, après avoir fait chacun carrière dans l’agroalimentaire » , raconte Sébastien. Dès le départ, les éleveurs font le choix de proposer des œufs en systèmes alternatifs. « Notre père vendait déjà en direct auprès de la grande distribution. Avec son associé, ils avaient perçu une diminution des demandes d’œufs issus de poules en cage. En tant que producteur indépendant, on a l’obligation de s’adapter à la demande. »

En 2013, avec deux tiers de leurs ventes en vente libre à la cotation, et un tiers seulement en vente directe, ils avaient subi durement la baisse des cours. La mise aux normes des cages en 2012 avait eu pour conséquence une surproduction d’œufs. Une claque qui leur a fait accélérer le passage vers davantage d’œufs alternatifs, avec la volonté de développer la vente directe, pour dépendre moins des cours fluctuants. En cinq ans, tous les bâtiments ont été aménagés pour changer de destination, sauf celui qui accueille les dernières poules en cage (voir infographie). Les deux constructions préexistantes, initialement en cages, ont été rénovées pour passer en bio. Le solde du droit à produire a été transféré vers deux nouveaux bâtiments, de poules plein air en 2013, et en volière au sol en 2015.

À leur installation, Sébastien et Nicolas ont également repris un site avec cages, adaptable aux normes de 2012, à condition d’en diminuer la densité. Depuis, il a été en partie aménagé en plein air. « Jeunes investisseurs, nous devions prendre nos précautions, d’autant qu’à l’époque, la demande pour le code 3 était là. » Pour développer leurs ventes, ils ont racheté un élevage qui disposait d’une marque (La Croix verte). Les deux bâtiments poulettes vieillissants ont été transformés en bâtiments poules pondeuses bio.

Volières et minivolières

Les 108 000 places de cages supprimées ont été remplacées par des volières au sol ou de bâtiments avec parcours plein air. Le foncier a limité les choix. « Si la surface de parcours demandée, 4 m² par poule, était moins importante, nous aurions pu transformer davantage de bâtiments en élevage de plein air », affirment les deux frères.

Les volières comportent des perchoirs, des pondoirs, des chaînes d’alimentation et des pipettes d’eau. Les poules sont élevées au sol, et sur caillebotis métalliques équipés d’un tapis d’évacuation des fientes. Ce type d’aménagement peut accueillir 18 poules au m², car le caillebotis est intégré dans la surface utilisable. Sébastien et Nicolas ont opté pour cet équipement dans tous les bâtiments neufs, afin d’assurer une rentabilité économique par la densité. Mais ce mode d’élevage n’est pas sans contrainte. « Il faut passer régulièrement, pour assurer un bon déplacement des animaux sur les différents étages, où ils trouveront eau et nourriture », explique Nicolas. L’objectif est d’éviter de générer de la ponte au sol et hors nid (de l’ordre de 5 à 10 %), très gourmande en main-d’œuvre. C’est pourquoi, dans les bâtiments rénovés, ils ont investi dans le système de minivolière. « Il y a moins de surface (12 poules au m²), mais c’est une bonne alternative en termes de travail. » Cependant, ces minivolières n’équipent que les bâtiments plein air ou bio : économiquement, cela ne passe pas pour des œufs en code 2.

En bio, nid et caillebotis

La plupart des poules bio sont élevées au sol dans d’anciens bâtiments rénovés, avec un système de nid et caillebotis. « Le vide sanitaire est beaucoup plus fastidieux qu’en volière, car il faut tout démonter. Même s’il est moins coûteux, le matériel va moins bien vieillir », admet Sébastien. Mais l’image du sol correspond mieux au bio à ses yeux.

Les éleveurs ont investi en moyenne de 50 à 60 € par place en bio, en incluant le foncier, 30 à 35 € pour le plein air, 28 à 30 € en volière au sol en bâtiment neuf, et 15 € en volière dans les poulaillers rénovés. « Une partie des bâtiments n’étaient pas encore amortis quand nous les avons rénovés, mais aujourd’hui, nous commercialisons des œufs bio et plein air mieux valorisés », analyse Sébastien. Leurs craintes pour l’avenir : subir une nouvelle crise de surproduction, avec le développement du plein air et du bio sans diminution de l’offre en contrepartie. 

Isabelle Lejas
Le contexte

Basé à Rospez (Côtes-d’Armor), l’élevage compte 137 100 poules sur cinq sites de production et conditionne 150 000 œufs par jour. La commercialisation est assurée par la SARL Pors Bodiou.

SAU : 50 ha, dont près de 22 ha de parcours pour les poules en bio et en plein air.

Main-d’œuvre : 30 personnes (4 associés, 8 salariés pour la production et le conditionnement, 5 pour la préparation des commandes, 10 chauffeurs, 2 commerciaux, 1 secrétaire).

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Gamme complète. « Proposer une gamme complète est indispensable pour commercialiser en vente directe », expliquent Sébastien (à droite) et Nicolas.
Minivolière. Ce système est un compromis entre les contraintes de la volière et une densité au sol faible.
Une stratégie commerciale offensive

La force des frères Saliou est d’avoir développé la vente directe, qui représente désormais près de 80 à 85 % des volumes. Initialement commercialisés auprès des métiers de bouche (boulangerie, restaurants…) et de quelques magasins, les œufs sont désormais écoulés auprès de 120 à 130 grandes et moyennes surfaces, dans les Côtes-d’Armor et l’Ille-et-Vilaine, et trois centrales d’achat (Intermarché, Leclerc, Carrefour). Ils détiennent trois marques : Keryann, La Croix verte et Les œufs d’Erwan. Leur objectif est de se caler sur le mix-produit des linéaires. Selon les éleveurs, « le bio et le plein air doivent rester des marchés de niche ». Ils croient en l’avenir du code 2, qui « a toute sa place », et sont décidés à le valoriser avec un packaging adapté.

Le récap
Les points positifs
  • En phase avec le marché

  • Meilleure valorisation des œufs

  • Bien-être animal

Les points négatifs
  • Coût des investissements (4,5 millions d’euros achat + travaux)

  • Foncier limitant

  • Main-d’œuvre (ramassage des œufs au sol)

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Cet article est paru dans La France Agricole

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