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Plus efficace avec moins de matériel

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Depuis des années, Frédéric Lecerf place la gestion de son parc matériel au centre de sa stratégie d’entreprise. Après la moisson catastrophique de 2016, il a mis en place un système qui le rend aussi moins sensible aux aléas.

«Sur une exploitation agricole de grandes cultures, nous n’avons pas des millions de possibilités pour maîtriser les charges. Il y a bien l’agronomie et l’utilisation des intrants que je continue de vouloir optimiser, bien que je sois déjà plutôt dans le quart des entreprises qui en utilisent le moins. Ensuite, il y a la mécanisation, qui est, depuis de très nombreuses années, au cœur de ma réflexion pour baisser mes charges », annonce Frédéric Lecerf, agriculteur à Moult, dans le Calvados. Cuma interrégionale, assolement en commun, adoption d’itinéraires techniques nécessitant peu de matériel, passage aux techniques culturales simplifiées (TCS, que l’agriculteur préfère appeler « techniques compliquées à suivre »), réalisation de travaux à façon…

L’exploitant de cinquante-six ans est passé dans sa carrière par différentes étapes, pour adapter à chaque fois une stratégie à ses aspirations et à son environnement, en prenant parfois certains risques. « À une période, je gérais 400 hectares à moi tout seul, raconte-t-il. J’avais la même productivité par UTH à la tonne qu’un farmer australien, mais j’aurais pu m’épuiser à la tâche. »

Jusqu’à récemment, le dernier système d’optimisation testé par l’agriculteur avait consisté à conserver son matériel le plus longtemps possible. En parallèle, au lieu d’utiliser les possibilités de défiscalisation sur les investissements, Frédéric mobilisait le dispositif de déductions pour aléas (DPA), grâce auquel il est possible de réserver une partie du résultat de l’entreprise pour le débloquer lors des années difficiles, avec une fiscalité avantageuse. « Mais un système n’est jamais gagnant par tous les côtés à la fois, souligne-t-il. Ainsi, j’ai augmenté les dépenses d’entretien. Je prenais aussi un risque de panne, qui s’est concrétisé au pire moment avec 20 000 euros de réparations sur mon pulvérisateur. »

De façon très rapprochée, l’exploitant a eu aussi à faire face à deux très mauvaises années. La trésorerie de la DPA l’a aidé, mais en même temps, son assiette de cotisations de MSA a gonflé dans une proportion déconnectée de son chiffre d’affaires. « En 2016, avec un trou de 78 000 € à combler (avant retours de DPA et assurance climatique), j’ai estimé que mon système était à bout de souffle et qu’il me protégeait mal des aléas, qui sont fréquents sur mon exploitation. J’ai la moitié de mes surfaces en petites terres, qui décrochent six fois sur dix », relate le chef d’entreprise.

Contrat renouvelable

Pour réduire le risque de panne, sans faire exploser ses charges par l’achat de matériel récent, l’agriculteur a d’abord étudié l’offre en location auprès des concessionnaires. Il l’a jugée compétitive, à condition d’avoir de la main-d’œuvre. La location par internet est prometteuse, mais reste encore très insuffisante dans la région. Frédéric a finalement opté pour des travaux en prestation, quitte à se séparer de son salarié pour la partie grandes cultures. Celui-ci est aujourd’hui embauché sur une ferme voisine, et il le conserve à 30 % pour la partie verger et légumes.

« Je continue de réaliser certains travaux. J’ai pu déléguer car mon travail d’exploitant est déjà valorisé à 100 %. Je suis administrateur de ma coopérative Agrial durant 45 jours par an et, à côté, je gère un verger et l’exploitation de 23 ha de céréales et de légumes bio de mon épouse », détaille Frédéric. En parallèle, le chef d’entreprise a abandonné le système de DPA et il lui préfère aujourd’hui une assurance chiffre d’affaires, qui lui « coûte très cher » (9 000 € par an avant aides Pac de 2 900 €), mais qu’il juge plus adaptée.

Rester souple

Depuis qu’il délègue une partie significative de ses travaux, l’agriculteur a réduit de 120 €/ha ses charges de mécanisation, main-d’œuvre et GNR compris. Il explique ce gain, en grande partie, par la maîtrise de l’entretien et des réparations par son entrepreneur. « Dans deux ou quatre ans, je fonctionnerai peut-être encore différemment, confie Frédéric Lecerf. Je mets déjà mon semoir strip-till sur la plate-forme de location Wefarm’up. Pour l’instant, il y a peu d’activité dans mon secteur, mais dans l’avenir, j’espère pouvoir m’appuyer sur ce site pour amortir du matériel. J’ai constaté qu’une bonne gestion, c’est au moins autant le fait d’une bonne anticipation que du suivi de l’exploitation au jour le jour. Dans un environnement très fluctuant comme le nôtre, je me tiens prêt à redéfinir ma stratégie tous les deux ou trois ans. »

Alexis Dufumier
La technique de semis est hautement stratégique

« Tout notre savoir-faire d’agriculteur, nous le déployons dans les choix que nous opérons au moment du semis, remarque Frédéric Lecerf. C’est ce qui conditionne par la suite le pilotage de l’itinéraire technique. Je ne souhaite pas investir 80 000 € dans un semoir et ainsi m’enfermer dans une seule pratique de semis. Semis direct, semis direct sous couvert ou semis en TCS, même si j’ai supprimé le labour, j’ai horreur des dogmes. J’adapte à chaque fois ma pratique en mobilisant la diversité du parc disponible auprès des entrepreneurs avec lesquels je travaille. En revanche, le jour où l’entrepreneur sème, je suis avec lui pour régler la machine, mais ensuite, je le laisse faire. »

le contexte

Exploitation située à Moult, dans le Calvados.

Surface : 250 hectares, dont sa propre exploitation en agriculture conventionnelle, de 176 ha de grandes cultures et de cultures industrielles et de 6 ha de verger à cidre, et l’exploitation de 23 ha de son épouse, en céréales et légumes bio. Le reste est géré pour des tiers.

Rendements variables en petites terres (de 45 q/ha à 90 q/ha en blé) et assez stables en bonnes terres ( 95 q/ha à 110 q/ha en blé).

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Aléas. « Réduire les charges ne suffit pas, je veux aussi que mon exploitation soit capable de surmonter des aléas », explique Frédéric Lecerf. Ici, dans un colza associé à un couvert de féverole et de fenugrec.
Semoir. Le semis monograine de betteraves et de colza est toujours assuré par l’exploitant lui-même. © Photos : A. DUFUMIER
Le récap
Les points positifs
  • Réduction des charges

  • Moins de risque et meilleure résilience

  • Baisse des besoins en main-d’œuvre

  • Liberté dans les pratiques de semis

Les points négatifs
  • Coût de l’assurance chiffre d’affaires

  • Disponibilité du matériel

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Cet article est paru dans La France Agricole

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