Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Passer de l’AOP au lait bio

réservé aux abonnés

 - -->
Michel et Isabelle Souton sont fiers de la sélection rigoureuse de leur troupeau de montbéliardes. Jabrette, 4 ans, 7 800 kg en première lactation, primée au Sommet de l’élevage, sera proposée à la commission du Sia 2019.

Après huit ans de production sous l’appellation d’origine protégée (AOP), Michel et Isabelle Souton valorisent aujourd’hui le lait de leurs 40 vaches montbéliardes en bio.

«À production égale, notre paie de lait a progressé en un an de 28 000 euros et notre marge de 15 000 euros, expriment, avec satisfaction, Michel et Isabelle Souton, dont la conversion de l’exploitation à l’agriculture biologique est effective depuis le 1er octobre 2017. Depuis près de trente ans, notre parcours d’éleveurs laitiers est ponctué de décisions et de virages. »

Leur structure a connu de nombreuses évolutions depuis l’installation de Michel, en 1981, sur les 40 ha de ses parents, avec un troupeau de montbéliardes, à Malzieu-Forain, en Lozère. De leur côté, les parents d’Isabelle exploitaient 30 ha à Lorcières, dans le Cantal, avec des prim’holsteins et des porcs. « Nous avons regroupé nos exploitations, concentré notre attention sur le troupeau de montbéliardes, et cherché à produire du lait rémunérateur, explique le couple d’éleveurs. En 2008, la révision du cahier des charges de l’AOP Cantal les encourage à entrer dans la démarche. « Nos 64 ha de surface agricole utile (SAU) à Lorcières sont dans la zone de production des AOP cantal et bleu d’Auvergne. »

Objectif autonomie

Le lait de leurs 40 montbéliardes répond dès lors aux exigences du cahier des charges de l’AOP. « Nous avons simplement dû construire une plate-forme stabilisée pour le silo-couloir. Nous étions également dans les clous pour respecter les exigences du cahier des charges, à savoir 180 jours de pâturage, moins de 1 800 kg de concentrés distribués par vache et par an, et la totalité des génisses nées sur l’exploitation. » Les 50 ha de SAU de leur second site en Lozère, peu mécanisables, étaient valorisés par un troupeau de génisses aubrac. « Nous achetions chaque année en mars un lot de 30 bêtes de deux ans. Mises au taureau en avril, elles étaient revendues pleines en octobre, pour une plus-value moyenne de 500 € par animal, explique Michel.

Toutefois, « la valorisation de notre travail sur l’atelier laitier, avec un double engagement en AOP et lait cru, n’a pas été totalement satisfaisante malgré tous les efforts de la filière, poursuit-il. La crainte d’un durcissement du cahier des charges de l’AOP cantal, avec un passage au tout foin s’ajoutant à la charge de travail estivale, nous a conduit à aller vers une production laitière en agriculture biologique, dont le marché semble porteur. Par ailleurs, nous avons stoppé l’élevage de génisses aubrac sur le site en Lozère pour y accueillir des animaux à l’estive. »

Débutée le 1er avril 2016, la conversion de l’exploitation est effective depuis le 1er octobre 2017. Les éleveurs ont implanté 12 ha de prairies temporaires avec plus de 50 % de légumineuses, afin de renforcer la production de protéines. Ils produisent aussi 8 ha de méteil composé d’un mélange de blé, triticale, pois, vesce, et épeautre, utilisés en céréales. Quatre hectares de prairies multi-espèces sous couvert, semées au printemps, offrent un rendement de 7 t de matière sèche par hectare avec une coupe d’enrubannage en août, suivie d’une bonne repousse ou d’une seconde coupe à l’automne.

« Notre assolement nous permettra d’être autonomes en année normale, souligne Michel. L’an passé, nous avons dû acheter 100 t de maïs à 100 €/t et 40 t de luzerne à 200 €/t car nous manquions de stocks. Cette année, avec la sécheresse, nous avons été obligés d’affourager en août. Nous avons acheté 40 t de luzerne. »

La ration distribuée aux laitières permet une production de 25 kg de lait. Elle est composée de 30 kg d’ensilage d’herbe, 5 kg de foin de luzerne, 5 kg de méteil enrubanné, et 4 kg de méteil céréales durant l’hiver. L’été, elle passe à 80 % d’herbe pâturée, complétée par de l’ensilage d’herbe, du foin, et 4 kg de céréales de méteil. « Le niveau génétique du troupeau nous permet de maintenir une production moyenne à 6 500 kg avec une bonne autonomie alimentaire. Notre taux de renouvellement est de 45 %. Nous vendons des génisses ou des vaches en lactation à des éleveurs bio et maintenons un troupeau de bonne qualité. L’objectif est de limiter au maximum tout achat extérieur, plus onéreux en agriculture biologique. » Sur l’exploitation, chaque poste de charge est examiné avec attention depuis longtemps. « Le prix de base de 500 €/1 000 l sur la paie de lait d’octobre dernier nous motive et nous donne le moral. »

Monique Roque Marmeys

Le récap
Les points positifs
Les points négatifs
Un marché en expansion

« Le marché du lait bio poursuit sa progression, souligne Jean-Paul Picquendar, directeur des laits segmentés à Sodiaal Union. Il représente 11,5 % de la consommation française au troisième trimestre de 2018, contre 9,8 % en 2017. Le lait bio est sorti d’un simple marché de niche. Il n’a pas encore atteint sa maturité. » Sodiaal Union, qui commercialise du lait frais bio depuis plus de vingt ans, a étoffé sa gamme sur tous les segments de marché (ultrafrais, fromages, lait infantile…). La coopérative, qui espère représenter 20 % de la production française de ce produit en 2020, collecte désormais 135 millions de litres auprès de 550 producteurs.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
En direct

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !