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Miser sur la complémentarité de troupeaux bovin et ovin

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Gestion ds ressources fourragères - Miser sur la complémentarité de troupeaux bovin et ovin
Avec deux périodes d’agnelages, les brebis de Benoît Daudon occupent le bâtiment en alternance, et valorisent l’herbe au pâturage. © JA Creuse

Avec 550 brebis et 90 vaches allaitantes, Benoît Daudon adapte sa gestion des ressources fourragères aux besoins respectifs des deux troupeaux.

«En dix ans, mon exploitation a évolué vers un système mixte ovin et bovin qui m’apporte aujourd’hui satisfaction malgré une charge de travail importante », explique Benoît Daudon, éleveur à Guéret, dans la Creuse. Installé hors cadre familial en 2010 sur une exploitation de 50 hectares avec 250 brebis, Benoît est au départ double actif. Des opportunités successives l’ont conduit à la structure actuelle de 280 ha, en trois sites distants de 4 et 10 km. 100 ha accueillent 550 brebis charollaises, 80 ha sont consacrés aux génisses et aux céréales et 100 ha sont voués aux 90 vaches limousines et charolaises. « J’ai acheté mes douze premières limousines en 2013 pour valoriser des parcelles situées à 10 km de l’exploitation de base, précise l’éleveur. Le cheptel a grandi par croît interne. La reprise de 100 ha en 2019 a conforté cette production, qui complète bien la conduite du troupeau de brebis. Cela permet aussi de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. »

« Cela permet de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. »

Deux sites distincts

Les brebis et les vaches, logées sur deux sites distincts, ne partagent pas les mêmes parcelles de pâturage. En revanche, Benoît répartit l’utilisation des fourrages conservés. « D’une façon générale, les meilleurs sont réservés aux brebis. Sans les vaches, les ovins seraient obligés de manger tout le foin produit sur l’exploitation », explique l’éleveur. 80 % des fourrages produits sur le site des ovins leur revient, tandis que les 20 % restants sont attribués aux vaches. L’exploitant fait le tri en fonction de la qualité et du type d’herbe composant le foin.

Sur les deux sites, les récoltes portent sur 45 ha d’enrubannage plutôt sec (75 à 80 % de matière sèche) et 70 ha de foin avec 25 ha de regain. Tout le fourrage de seconde coupe est réservé aux ovins. Concernant l’enrubannage, les coupes des prairies temporaires en première année, semées derrière des céréales, sont distribuées aux vaches, car elles sont de moins bonne qualité que les récoltes suivantes.

Pâturage hivernal

La gestion des prairies est également rigoureuse sur tous les sites. Grâce à une bonne valorisation pendant l’hiver, l’exploitation affiche 82 % de MS d’herbe pâturée sur le total des fourrages pour les ovins et 59 % pour les bovins.

Le troupeau ovin est conduit en deux périodes d’agnelage. La moitié des brebis agnellent fin novembre-début décembre, pour une production d’agneaux lourds de Pâques. Les meilleures parcelles de regain des prairies temporaires sont réservées aux brebis en fin de gestation à l’automne. Lorsqu’elles rentrent en bâtiment, elles reçoivent du foin et 500 g d’un mélange de deux tiers de céréales et d’un tiers de tourteau de soja et colza. Après l’agnelage, elles disposent de 1 kg de ce mélange et de l’enrubannage à volonté. Les mères sont mises à l’herbe en fin de lactation en février-mars. Les agneaux sevrés sont finis en bergerie avec un aliment complet et de la paille.

L’autre moitié du troupeau agnelle en mars, avec l’objectif de vendre entre juillet et septembre des animaux produits à l’herbe. « Compte tenu de ces deux saisons d’agnelage, les brebis occupent le bâtiment en alternance, ajoute Benoît Daudon. Le lot qui hiverne dehors valorise les prairies temporaires, où le dactyle assure une pousse quasi permanente. » Les agneaux sont commercialisés sous label rouge Le Diamandin.

Sur les 90 vaches allaitantes, une vingtaine vêlent en bâtiment en septembre, avant d’être relâchées en extérieur pour l’hiver. « Ce lot reçoit de l’enrubannage au pré, sur des prairies permanentes portantes et bien valorisées. » Celles vêlant l’hiver en stabulation reçoivent de l’enrubannage et du foin à volonté sans complémentation. « Parvenir à une autonomie alimentaire maximale est un objectif depuis mon installation. Le faible chargement est un atout », souligne l’éleveur qui atteint 94 % d’autonomie énergétique et 92 % de protéique sur la ration des deux ateliers herbivores. La part des concentrés n’excède pas 7 % de MS de la ration pour les bovins et 12 % pour les ovins.

« L’exploitation, membre d’Inosys-Réseaux d’élevage, affiche 122 kg de concentrés par couple brebis-agneau et par an, contre 188 kg en moyenne pour le groupe, indique Danielle Sennepin, conseillère à la chambre d’agriculture de la Creuse. En 2019, la marge brute par brebis s’est élevée à 101 €, avec un prix moyen de 121 € par agneau. »

Monique Roque-Marmeys

Le contexte

Benoît Daudon s’est installé en 2010 à Guéret, dans la Creuse.

280 ha de SAU en trois sites, dont

• 187 ha de prairies permanentes

• 50 ha de prairies temporaires

• 43 ha de céréales.

Troupeaux

• 550 brebis charollaises

• 90 vaches limousines et charolaises.

Production

• 269 agneaux lourds de bergerie

• 165 agneaux lourds d’herbe sous label rouge Le Diamandin

• 45 broutards vendus à la coopérative Celmar.

Une autonomie en fourrages et en paille

« Je sème environ 15 ha par an de prairies temporaires. Des 5 ha initiaux, j’atteins aujourd’hui 60 ha d’un mélange trèfle + dactyle », expose Benoît Daudon. Ses sols, trop acides, ne conviennent pas à la luzerne. « Mon objectif est de parvenir à 60 % de prairies temporaires sur la surface en herbe. Le rendement et la qualité de ces parcelles me permettent de faucher plus tôt et plus souvent, en constituant un stock intéressant, en quantité comme en qualité. » Celles de céréales, entièrement dédiées au triticale, sont travaillées en semis simplifié. La surface actuelle de 43 ha, avec un rendement de  55 à 60 q/ha, permet à l’éleveur d’être autosuffisant en céréales et en paille. Un excédent de 170 t de grains et 45 t de paille est même vendu.

Le récap
Les points positifs
  • Gestion précise des stocks fourragers.

  • Commercialisation régulière d’animaux.

  • En cas de crise conjoncturelle ou sanitaire, une production peut en partie compenser l’autre.

Les points négatifs
  • Charge de travail.

  • Exigences techniques des deux productions.

Un coût de production contenu

Une vingtaine de vaches allaitantes vêlent en bâtiment en septembre, avant de passer l’hiver à l’extérieur. © B. Daudon
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Cet article est paru dans La France Agricole

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