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« J’ai remis en cause mon système de culture »

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Sur ses sols froids, Romain Mallault (ici dans son blé, fin mai) sème tôt et dense : « Mon nouveau système de cultures fonctionne aussi bien que l’ancien. On se rend compte qu’on vit trop avec la peur d’échouer. » © A. Bréhier

Avec le soutien du GIEE (1) Magellan, Romain Maillault a construit un nouvel assolement sur ses 160 hectares de surfaces en céréales, oléagineux et protéagineux. L’objectif est d’avoir un maximum de sols toujours couverts.

Romain Maillault, exploitant à Montigny-sur-Canne, dans la Nièvre, a considérablement allongé et diversifié sa rotation initiale. Composée au départ de ray-grass, de maïs ou de colza, de blé et d’avoine, elle intègre aujourd’hui du colza, du maïs (grain et ensilage), de la vesce de printemps (semences), du lin de printemps, de la féverole de printemps, de l’avoine (printemps et hiver), de l’épeautre, du seigle, du sorgho grain, du trèfle violet fourrager et du blé. Le labour a été arrêté et un semoir pour semis direct acheté. L’ancien matériel a été revendu, à l’exception d’un déchaumeur à disques.

Onze cultures dans l’assolement

Les cultures d’hiver, à l’exception du colza qui exige un sol bien nivelé, sont désormais semées en direct dans des couverts permanents de trèfle ou de lotier. « Moins sensible aux herbicides, le lotier fait moins de biomasse que le trèfle, mais il n’est pas météorisant, pointe Romain Maillault. C’est un atout pour une pâture éventuelle. » Les couverts sont implantés pour une durée de trois ans, en même temps que le colza avec des plantes compagnes : lentilles, lin, fenugrec, trèfle d’Alexandrie, féverole (2).

Pour les cultures de printemps, dont la mise en place est plus complexe à cause des sols froids, un minimum de travail du sol est nécessaire. Cette année, le maïs a été semé au strip till dans un colza associé à du trèfle violet.

Des couverts estivaux (3) sont également réalisés, pour ramener de la matière organique dans les sols avant une culture de printemps.

La nature des terres de l’exploitation, des limons battants au potentiel limité – 65 q/ha en blé –, qui minéralisent mal au printemps, mais aussi la rencontre avec les agriculteurs du groupement d’intérêt économique et environnemental Magellan en 2015 (lire encadré) ont été à l’origine de ce profond changement.

L’objectif affiché est d’avoir un maximum de sols toujours couverts. En 2018, année très sèche, Romain a mesuré avec Michaël Geloen, de Terres Inovia, l’animateur du groupe Magellan, les températures au sol. Un écart de 15 à 20 °C entre un couvert permanent, pourtant peu développé, et un sol nu a été enregistré.

L’exploitant a abandonné toute rotation type. Il implante ses cultures en fonction des problématiques d’adventices et des besoins du troupeau. Fin mai, 13 hectares de sorgho grain ont ainsi remplacé un seigle trop sale. Celui-ci a été enrubanné pour les vaches. Romain avait préalablement mis de l’azote, pour maximiser la pousse du seigle et du brome.

De même, une culture de printemps peut se substituer à une culture d’hiver. Le colza, semé le 10 août 2018 en TCS (4) dans un contexte trop sec, a ainsi été broyé et remplacé par du maïs. À l’avenir, compte tenu des difficultés rencontrées sur cette crucifère, Romain envisage de semer davantage de parcelles et ne gardera que les plus belles. Avec uniquement des semences fermières – mélanges variétaux semés à une densité plus élevée –, et un bas niveau d’intrants – pas d’engrais à l’automne, juste un traitement foliaire pour calmer les repousses de céréales –, le risque économique se limite aux coûts déjà engagés (100 €/ ha en décembre).

Grâce aux couverts permanents, le coût de la fertilisation azotée, toutes cultures confondues, plafonne en moyenne à 100 €/ha, avec 20 tonnes de fumier par hectare une année sur deux. Les blés ne reçoivent plus que 120-130 unités à l’hectare, contre 180 autrefois, pour des rendements équivalents. L’agriculteur a choisi de supprimer tous les insecticides et ambitionne de se passer de fongicides dans un futur proche. « Cette année, précise Romain, un seul traitement a été réalisé sur les blés de maïs, pour les protéger contre la fusariose. »

En préventif, l’agriculteur teste depuis 2018 la macération de plantes pour toutes ses cultures (extrait fermenté d’orties, fougères, ail). « L’idée, explique-t-il, est de faire un passage après chaque intervention phytosanitaire pour rééquilibrer la plante en termes de pH et de potentiel Redox (oxydo-réduction). Nous testons aussi les huiles essentielles. »

Anne Bréhier

(1) Groupement d’intérêt économique et environnemental.

(2) Pour un coût total de semences de 40 €/ha.

(3) 750 g/ha de moutarde d’Abyssinie, 750 g de radis chinois, 2 kg de niger, 2 kg de trèfle d’Alexandrie, 1,5 kg de phacélie. De la semence de ferme peut être rajoutée : 50 kg de féverole, 2 kg de maïs, du seigle, de l’avoine.

(4) Techniques culturales simplifiées.

Le récap
Les points positifs
Les points négatifs
Sur son semoir de semis direct, qu’il a équipé d’une cuve pour l’engrais localisé, Romain sème à 6 km/h en 3 mètres, avec une consommation moyenne de 7 l/ha de fioul. © A. Brehier
Une démarche collective

« Le groupe Magellan m’a permis d’aller plus vite dans la construction de mon nouveau système de culture, souligne Romain Maillault. Entre les tours de plaine réguliers et les ateliers de co-conception, l’échange n’arrête jamais. On s’envoie des photos grâce à l’application téléphonique Viber, on mutualise nos expériences et nos échecs, on échange du matériel. Être à plusieurs rassure. Chaque hiver, il y a un moment de doute quand ses céréales sont moins belles visuellement que celles des voisins. »

Pour partager quatre années d’expérience collective sur le semis direct sous couvert, les trente-deux agriculteurs du GIEE Magellan ont rédigé un guide. Il est téléchargeable sur Facebook, ou à partir du site https://gieemagellan.wixsite.com

Le contexte

Romain Maillault gère, avec ses parents, une exploitation de polyculture-élevage à Montigny-sur-Canne (Nièvre).

• Sur les 310 hectares de SAU, 160 ha sont en céréales et le reste en prairies permanentes, destinées au troupeau allaitant de 130 blondes d’Aquitaine (engraissement et valorisation partielle en direct).

• Depuis trois ans, les cultures d’hiver sont semées en direct. Avec onze cultures, l’assolement a été considérablement diversifié.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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